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Carnets de dégustations : Bienvenue

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Carnets de dégustations : Les nouvelles

Journal d'un Côte d'Orien

 · Chronique: Phénomène de Groupe
 · Qu’est-ce qu’un grand vin?
 · Réflexion de dégustateur: Les Tanins?

Coup de coeur ou coup de gueule

 · Coup de Coeur:Restaurant "L’Arôme&q... 
 · Brauneberger Juffer Sonnenuhr Fritz Haag
 · Champagne BSA Prestige - Jean Sandrin

Les articles majeurs

 · Le millésime 1996 en Muscadet
 · Meursault : Pourquoi pas de grands crus ... 
 · Club AOC : Visite au pays du Muscadet

Vins recommandés

 · Montrachet 2000 Domaine de Laguiche
 · Chignin Bergeron 2010 - Claude Quénard
 · Chianti Classico Rancia 1999 - Berardeng... 

les accords mets et vins

 · Serge Vieira, l’excellence...
 · ha si vous connaissiez ma poule...
 · La tête dans les étoiles

Finages, Climats et Crus

 · Climat PC: Les Champans à Volnay
 · Club AOC : pinot noir et gewurztraminer
 · Côte de Nuits : Finage de Marsannay


Carnets de dégustations : Toutes les nouvelles

  Posté par patrickessa - 17/05/2013 - 11:30 - 0 commentaires - Edit

Montrachet 2000 Domaine de Laguiche - Maison Drouhin à Beaune

  Le grand cru Montrachet produit certains des plus grands vins blancs secs de Bourgogne et est sans doute celui qui de nos jours se vend le plus cher, tant sa petite surface est courtisée par les vignerons pour sa réputation multi-séculaire. Les bourguignons l'ont toujours placé un cran au dessus de leurs autres crus blancs en le désignant un peu comme le grand cru A de Côte d'Or, sa valeur étalon en quelque sorte.

Cependant boire un Montrachet à maturité est devenu une gageure car les quelques 30.000 bouteilles annuelles produites sont toutes quasiment réservées à l'avance par des buveurs qui ne partagent pas toujours leur fortune avec une fine connaissance des blancs de la région et de leur potentiel d'évolution. Objet de luxe destiné à accompagner des repas prestigieux, il glisse fréquemment dans des gosiers peu attentifs ou alors en admiration "par avance".Dommage.

Les quelques exemplaires que j'ai en cave sont toujours ouverts après un prélude qui mêle deux finages et qui se poursuit par deux autres grands crus, ce jour là un Corton-Charlemagne et Chevalier-Montrachet "les demoiselles". Je crois qu'il est important de percevoir le carcatère vineux évident de ce cru si éloigné des archétypes blancs mis en lumière aujourd'hui. Souvent très riche, peu acide et de texture visqueuse il a - un peu à la manière d'un Rangen en Alsace- une puissance formelle sidérante qui le rapproche? au niveau de sa matière, d'une granularité de vin rouge.

   Produit sur 8 hectares et partagé par les villages de Chassagne et Puligny-Montrachet, il est marqué par trois zones distinctes. La première, côté Puligny, regarde le levant, est assez peu inclinée et est composée d'un substrat argilo-calcaire brun/rouge. Elle donne les vins les plus équilibrés, fins et sensuels du cru. La seconde qui dispose de même substrat du côté de Chassagne verse vers le sud et est ainsi un peu plus solaire et précoce, elle donne des vins légèrement plus opulents et intenses. Enfin une petite zone incluse tardivement dans le cru et située sur Chassagne, se place au dessus du cru au sud en formant de petits enclos en terrasses, ce sont "les dents de chiens", le sol y est un peu plus pierreux et le caractère du vin s'approche quelque peu de l'élégance du Chevalier tout proche. Soyons prudent toutefois car les différences stylistiques sont ténues. Une propriété assemble ce dernier lieu-dit avec la partie Chassagne (Prieur)et seul les domaines Colin et Amiot produisent du "pur" Dents de Chiens.

 

En 2000 la Bourgogne a bénéficié d'un climat clément et d'une récolte abondante. Les raisins étaient sains et marqués par des degrés élevés et une bonne acidité, cela a conduit de nombreux observateurs a évaluer l'année comme excellente. Las, sur la durée, de nombreux vins ont connu des évolutions rapides et des oxydations prématurées et aujourd'hui le millésime se montre très inégal à l'ouverture. Le potentiel était pourtant grand et les flacons ayant parfaitement vieillis se montrent de haut niveau.

Celui-ci est encore marqué par des effluves de réduction qui demandent quelques temps d'aération pour révéler pleinement les senteurs du vin et sa noble origine. Mais passé ce cap un peu ingrat et si l'on a pris soin de l'attendre un peu, on découvre alors un vin frais jeune et fringant qui dispose encore d'une belle robe or à reflets verts. Sa bouche est très riche et onctueuse sans pour autant faiblir du côté de l'acidité qu'elle intègre dans une vraie richesse aromatique forale. J'aime ses notes de chèvrefeuille, de fleur de vigne et ses accents subtilement citronnés. Belle finale pour un vin qui a encore besoin d'un peu de temps sous verre. Très bien +

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  Posté par patrickessa - 17/05/2013 - 11:28 - 0 commentaires - Edit

Climat Premier Cru: Champans à Volnay

J'ai toujours eu un faible pour ce cru qui allie puissance de texture à finesse aromatique et qui surtout est capable d'une longévité hors du commun. Sans doute est-il même le cru de la Côte de Beaune ayant le plus grand potentiel de garde avec les Rugiens de Pommard, les Renardes de Corton et le Santenots du Milieu de Meursault. J'ai eu l'occasion de déguster des millésimes plus que centenaires et d'ainsi pouvoir juger de la qualité des incroyables 1929, 1934, 1947 ou en 1959 et, 1962 et 1964 et depuis ces dates il m'a été possible de déguster ce cru chez plusieurs producteurs dans tous les millésimes. De Jean-Philippe Fichet à Joseph Voillot, Lafon, Jacques Prieur en passant par d'Angerville ou encore Pierre et Jean-Marie Bouzereau. A chaque fois la rencontre avec ce cru est unique, au sens où le finage est régulièrement présent sur une définition précise et permanente. Cette régularité de forme est même ce qui positionne à mon sens ce cru comme l'égal des Soixantes Ouvrées ou du Milieu des Santenots avec un "je ne sais quoi" de puissance en plus.

Comme ses pairs le climat est situé sur un milieu de pente bien abrité des vents qui regarde le levant. Son substrat marno-calcaire marqué par l'oolithe ferrugineuse repose sur la dalle nacrée. En Champans la partie jurassique moyenne qui marquait la Côte de nuits resurgit pour se prolonger en Caillerets et Santenots et ce fait géologique éloigne nettement le cru de ses cousins de Pommard, il puise une énergie tellurique sidérante dans la complexité de ses couches géologiques qui ressemblent fort au Saint Georges de Nuits avec toutefois un sol un peu plus maigre, moins directement marqué par l'argile.

Très homogène le cru forme un rectangle qui est encadré par le Caillerets au sud, La Carelle au nord et Clos des Chênes et Taillepieds au couchant. Sa pente d'abord assez douce en partie basse s'élève nettement à partir du milieu du cru mais cela ne "type "guère le cru en constituant des sous zones car de nombreux propriétaires disposent de parcelles qui coupent le coteau dans le sens de la longueur. Le domaine Voillot possède ici un hectare qui termine le cru au nord contre le village tout contre la Chapelle du bas de Volnay. Cette zone est un peu moins pentue dans le sens Est-Ouest et est marquée par un léger replat en son milieu. De ce fait les raisins puisent à cet endroit une formidable énergie solaire qui densifie encore la matière.

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  Posté par patrickessa - 17/05/2013 - 11:06 - 10 commentaires - Edit

 Phénomène de Groupe

  Depuis quelques temps les demandes de dégustations émanant de "groupes" sont en nette recrudescence. Nombre d'amateurs se déplacent désormais en bande et veulent approcher les crus de la région dans les caves, avec leurs amis, quelques agapes appéritives en mains tout en ayant une vraie propension à deviser entre eux pendant que le vigneron "fait le service". Bref, dans certains cas nous sommes devenus la main qui distribue l'apéro de qualité et gratuit à des touristes qui viennent prendre un bon bol de jouvence, de nature et de culture oeno-paysanne.

 Un phénomène récent qui s'il peut être sympathique peut aussi tourner à l'imposture. On imagine faire partager nos crus à des acheteurs, alors qu'ils pensent boire les crus de la région à moindre frais. Forcément il finit par y avoir un petit malaise. Outre le fait que nous sommes absolument obligé de rester courtois, il faut aussi imaginer que nous perdons beaucoup de temps à faire un travail qui n'est plus le nôtre et qui se rapproche beaucoup plus de celui d'un barman.

 Rien ne me déplait plus que ces gens qui descendent en cave sans verre - je ne parle pas du chauffeur désigné - et qui suivent les autres par devoir en les entraînant ensuite dans des conversations ayant plus traits à la suite de leur périple qu'à ce qui se passe à ce moment là "in situ". Je ne parle même pas de ceux qui veulent bien déguster les "blancs" mais pas les "rouges" ou bien évidemment l'inverse! Ou alors qui ne veulent pas déguster tel ou tel cru car "ils ont déjà fait "beaucoup de caves dans la journée" et que là sur l'instant... ils fatiguent!

  Je caricature à peine en signifiant qu'ils prennent Rendez vous pour 11 heures et qu'ils arrivent souvent avec une bonne demie heure de retard ou alors qu'ils se "pointent" tout bonnement "en vélo" et sans portes bagages! Bien sûr les exceptions existent et les groupes véritablement passionnés et sympathiques aussi, mais à l'usage je dirais qu'ils représentent - au mieux! - moins de 30 % de ceux ci.

  Le développement des hébergements de groupe par l'intermédiaire des gîtes qui s'ouvrent à chaque coin de rue est sans doute - en partie - à l'origine de cette nouvelle forme d'"oeno visite/tourisme" sous terraine. On part à plusieurs pour s'éclater et en Bourgogne un des meilleurs vecteurs pour assouvir sa soif d' actes débridés consiste à boire des bons canons! Un bon canon dans une chtiot' cav' c'est quand même mieux qu'un pt'it jaune dans un gîte exigu!

   A la bonne vôt'...mais le domaine désormais ne prend pas plus de 4 personnes au cours des dégustations qu'il accepte sur rendez vous. Bien sûr cela va paraître strict et sans aucun doute un peu contraignant pour les vrais amateurs, mais c'est aussi devenu une nécessité si l'on veut être au plus près de notre labeur quotidien.

  Dans un autre ordre d'idée j'ai reçu hier le courrier d'un vénérable groupe de dégustation m'enjoignant de lui adresser à mes frais un échantillon de Bourgogne Aligoté du millésime 2011. L'objet êtant au final d'organiser une dégustation comparative entre producteurs "sélectionnés" pour ensuite opérer un classement entre eux en vue d'effectuer une commande sur le meilleur vin...celle-ci pouvant aller jusqu'à 240 bouteilles! En somme c'est un peu comme si vous demandiez à des patissiers de vous adresser un échantillon d'un croissant en vue d'en acheter 240 s'il termine premier d'une "sélection" de 20 producteurs de viennoiseries! Ne sommes nous pas là dans une forme d'excès commercial qui permet à des pseudos "clubs" de s'offrir des "plans" dégustations destinés à évaluer gratuitement une production puis d'en définir arbitrairement le vainqueur sans que les producteurs ne sachent à quels palais ils ont à faire. Je le crois fermement. Nous vendons notre vin et ne produisons aucun échantillon pour des amateurs inconnus, qu'on se le dise!

    En revanche je suis toujours près à accueillir de petits groupes d'amateurs qui prennent soin de prendre contact en me demandant quelles sont mes disponibilités et en réservant quelques flacons. Si j'ai encore du vin à vendre je les leur propose, s'il n'y en a plus je les accepte tout de même en dégustation en soulignant qu'ils pourront devenir clients lors d'un autre millésime. Cette forme de communication/échange me plait beaucoup car en fonction de mon agenda elle me permet de rencontrer de nouveaux visages et puis si cela "fonctionne dans les deux sens" sans doute de nouveaux acheteurs particuliers.

  Qu'en pensez vous chez décéiens?


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  Posté par P. Radmacher - 16/05/2013 - 13:51 - 0 commentaires - Edit
Club A.O.C.
Pinots noirs et gewurztraminers



Avant la réunion festive du mois de juin qui marquera le milieu de notre saison A.O.C. 2013, la session du mois de mai sera consacrée exclusivement à l’Alsace avec les thèmes suivant :

1. Les grands pinots noirs alsaciens
2. Les différentes expressions du gewurztraminer


Cette association un peu chauvine n’a pas été programmée volontairement mais des problèmes de disponibilités des membres organisateurs nous ont conduits à repenser nos associations thématiques initiales pour finalement aboutir à une série alsaco-alsacienne…ceci dit avec des vins aussi différents que les pinots noirs et les gewurztraminers, on ne risque pas la monotonie.
Les séries ont été conçues par Eric et Guy avec des bouteilles qui viennent en majeure partie de leurs caves personnelles.




La série de rouges avec un petit intrus.


Les pinots noirs ont été débouchés 2 heures avant la dégustation.
Les gewurztraminers ont été débouchés juste avant le service.
Les vins sont goûtés à l’aveugle et présentés le plus souvent 2 par 2

Verres Spiegelau Authentis 01

Soirée Club AOC du 3 mai 2013 à La Wantzenau


Thème 1 : le pinot noir en Alsace, comme un ilot rouge dans une mer blanche…

« F » 2010 – Domaine Beck-Hartweg à Dambach : le nez est discrètement torréfié et finement aromatique (cerise bigarreau) la bouche est bien légère avec une toucher très soyeux et une finale nette où on perçoit des notes de noyau de cerise.
« W » 2011 – Domaine Weinbach à Kaysersberg : le nez est marqué par un élevage très fin qui laisse s’exprimer des belles notes de fruits noirs et de fumé très léger, en bouche la matière est volumineuse avec une chair généreuse et une finale longue…peut-être un peu chaude ?



Ouverts et bien gourmands, les vins de cette première doublette commencent la série d’une façon fort plaisante. Un peu marqué par l’exubérance du millésime le 2011 des Weinbach devra encore se calmer un peu en cave alors que le vin de Florian, récolté une année plus tôt sur les granits du Frankstein coule comme du petit lait…MIAM !


Vieilles Vignes 2004 – Domaine B. Bohn à Reichsfeld : le nez est mûr et joliment fruité avec des notes de cerise confite, la bouche est ronde avec une chair juteuse et un équilibre très harmonieux.
Bourgogne Pinot Noir 2007 – Domaine F. Gerbet à Vosne Romanée : le nez est assez agréable et d’une belle complexité avec un registre végétal assez marqué complété par quelques notes florales discrètes, la bouche est légère, avec une matière un peu fluette et une finale courte.



Avec son fruit très élégant et sa texture soyeuse, le pinot noir de Bernard Bohn a crée la première surprise de la soirée : issu d’un millésime très compliqué pour ce cépage, cette cuvée provenant de parcelles gréseuses (80%) et schisteuses (20%) montre un caractère très charmeur et un équilibre parfaitement abouti. J’avoue avoir immédiatement pensé au pirate bourguignon…Raté, une fois de plus !
Pourtant originaire d’une bonne maison de Vosne, le bourguignon n’a convaincu personne ce soir : maturité limite et corpulence bien trop maigre…Grosse déception !


Les Neveux 2009 – Domaine Hugel à Riquewihr : le nez s’ouvre sur des notes d’élevage très raffinées (boisé fin, fumé léger et arômes de croûte de pain grillé) avant de livre quelques délicates nuances florales, en bouche il y a une fine acidité, un grain tannique soyeux qui contrebalancent une matière riche et concentrée, la finale est fraîche et longuement aromatique.
« M » 2009 – Domaine L. Barth à Bennwihr : après une petite pointe de réduction à l’ouverture, le fruit pointe discrètement avec des notes de cerise et de framboise, en bouche la première approche laisse une impression légèrement décousue mais le jus est pur, dense et velouté, l’équilibre reste très tonique et la finale étonne par sa grande sapidité.



Voilà deux très belles bouteilles qui expriment de façon très différente le millésime 2009 :
- issue d’une parcelle de « Muschelkalk » sur le lieu-dit « Pfostig » la cuvée des Neuveux de Hugel n’est élaborée que dans les grandes années. Après un élevage de 10 mois en barriques neuves, ce pinot noir assume pleinement son style bourguignon et régale l’assemblée par la classe et la noblesse de sa texture.
- issue du Grand Cru « Markrain » la cuvée de Laurent Barth semble beaucoup moins travaillée en cave mais séduit par son énergie et sa profondeur.
Ceci dit, il ne faut pas oublier que ces deux vins qui se goûtent avec facilité et plaisir aujourd’hui sont encore bien loi de leur apogée.



Cuvée XXC 2005 – Domaine Stoeffler à Mittelbergheim : le nez est intense et flatteur sur la confiture de quetsches, la bouches est agréable avec une belle rondeur, un toucher très soyeux et une finale très longue sur les fruits noirs confits.
Cœur de Bollenberg 2009 – Domaine F. Schmitt à Orschwihr : le nez est fin et délicat sur les fruits rouges bien mûr avec une fine touche boisée très élégante, la bouche donne une fine impression de moelleux (mais le vin n’a pas de SR), la texture possède un raffinement très bourguignon et la finale franche et fraîche étire un joli sillage aromatique fruité.



La belle série continue avec cette nouvelle doublette de très haut niveau. Récoltée sur le Grand Cru Kirchberg de Barr la cuvée XXC de Vincent Stoeffler se tient parfaitement bien après plus de 7 ans de vieillissement : avec ses arômes confits et sa très belle présence en bouche, ce pinot noir se présente aujourd’hui comme un grand séducteur…presque irrésistible. Le vin de Frédéric Schmitt provient du coteau du Bollenberg et témoigne par la finesse de son élevage de l’admiration que ce vigneron voue à la Bourgogne…pour moi c’est la plus belle bouteille de la série. MIAM !

Pinot Noir 1998 – Domaine Muré à Rouffach : le nez poussiéreux et limite liégeux ne laisse que peu d’espoir sur l’état de ce vin, la bouche montre encore un très bel équilibre mais l’aromatique reste complètement déviante.
La déception de la série viendra d’une maison qui tient une solide réputation de qualité sur sa production de pinots noirs (sur le Vorbourg notamment) mais il faut se rendre à l’évidence, cette cuvée est flinguée par un bouchage défectueux. Dommage !

Invité de dernière minute à cette soirée, Bernard Bohn n’est évidemment pas venu les mains vides : pour terminer cette première série, il nous propose de déguster ses deux cuvées actuellement au tarif du domaine.

Tradition 2010 : le nez est très engageant sur les fruits rouges (framboise) et le massepain, la bouche reste bien fruitée avec un équilibre aérien et une grande buvabilité.
Les Roches Rouges 2008 : le nez est plus discret sur la cerise noire, la bouche possède un grain fin et une silhouette élégante, la finale franche et finement minérale est soutenue par des tanins très soyeux.



Issue de terroirs gréseux et élevée en foudres la cuvée « Tradition » joue la carte, de la gourmandise du fruit et de la sapidité, provenant de terroirs de grès (80%) et de schistes (20%) et élevée plus longuement en fûts de chêne, la cuvée « Roches Rouges » a une personnalité plus complexe et plus racé mais se livrera bien davantage avec quelques années de garde supplémentaires. Le 2004 dégusté et plébiscité à l’aveugle dans la série en apporte une preuve éclatante.
Ces deux vins réussis mais très différents nous montrent deux interprétations possibles de ce cépage en Alsace…Conclusion réussie pour cette série !



Pour conclure :

- Pour tout dire, après la récente dégustation d’une longue série de pinots noirs 2003 avec l’Oenothèque Alsace et le sentiment très mitigé qu’elle m’a laissé, je n’étais pas forcément ravi de retrouver ce cépage aussi rapidement…
Mes réticences furent cependant de courte durée car dès la première paire de cette sélection, j’ai compris que nous allions passer une très bonne soirée en compagnie de ces vins rouges alsaciens.

- Excepté le flacon défectueux, toutes les cuvées sélectionnées par Eric et Guy ont obtenu de très bonnes appréciations par l’assemblée de dégustateurs présents ce soir : matières mûres, extractions et élevages mesurés pour obtenir des équilibres frais et des finales nettes et souvent bien sapides.
Contrairement à mes attentes l’intrus bourguignon n’a pas tenu la comparaison face à cette dizaine de belles pointures alsaciennes...j’en fus le premier étonné !

- Pour les coups de cœur, le choix est évidemment très difficile : il y a bien sûr le vin de la maison Hugel qui affirme une classe incomparable, mais son prix (entre 50 et 60 euros) le placent hors concours pour moi.
Dans le même style mais avec un rapport Q/P nettement plus favorable, Cœur de Bollenberg monte avec facilité sur la plus haute marche de mon podium personnel…Bravo à Frédéric Schmitt pour cette belle quille !



Thème 2 : un petit aperçu des multiples facettes du gewurztraminer


VDP de France La Haute Cassagne 2012 – Saint Gilles : le nez est intense et charmeur sur l’eau de rose avec une petite touche fumée, la bouche est moelleuse avec un côté fruité agréable mais l’ensemble manque de fond et la finale est très courte…presque inexistante.



Acheté lors de ma tournée printanière dans les vignobles du sud, suivant les conseils de Jérôme le caviste de la Maison des Vins de l’Espiguette (Port Camargue), cette bouteille a été placée en tête de série pour voir la réaction de notre assemblée œnophile.
L’aromatique très « cosmétique » (savon Cadum) a un peu surpris mais pas franchement déplu par contre le manque de matière en bouche a été évidente pour tout le monde.
Notre vigneron, qui, comme tous les autres, ignorait vraiment tout de la provenance du flacon, a relevé quelques indices qui selon lui trahissaient des interventions œnologiques très particulières….
Né sur le terroir des Costières de Nîmes, ce gewurztraminer va flatter très facilement les sens des futurs estivants, mais en ce qui concerne son intérêt pour le dégustateur un peu averti il n’y a pas à discuter, ça reste un très petit vin…les « bons » vignerons alsaciens peuvent encore dormir tranquille !


Cuvée Réservée 2011 – Domaine P. Gaschy à Eguisheim : le nez est agréable et très classique avec une touche exotique (litchi et mangue) et florale (bouton de rose, guimauve), la bouche est ample et ronde avec un moelleux très sensible mais la structure acide n’est pas assez solide pour tenir l’équilibre…un peu mou !
G. C. Kaefferkopf 2010 – Domaine J.M. Bernhard à Katzenthal : le nez est tonique et complexe sur les agrumes mûrs (mandarine, pomelo) et le poivre blanc, la bouche est volumineuse, concentrée avec une belle trame acide qui tient solidement la structure, la finale est rafraîchie par une marque minérale très nette.
 


Peut-être victime des excès du millésime 2011, la cuvée de Gaschy qui possède une très belle définition aromatique manque de tonus à mon goût…dommage !
Le gewurztraminer Grand Cru de Bernhard est simplement parfait…une fois de plus un vin de ce producteur de Katzenthal remporte la majorité des suffrages : expression aromatique nette et précise et balance impeccable en bouche…quelle maîtrise !



Vendange Tardive 2008 – Domaine Beck-Hartweg à Dambach : le nez flatteur mais sans excès développe une jolie palette sur les agrumes confits, la bouche est opulente mais bien équilibrée avec des arômes de raisin de Corinthe, la finale est nette et rafraîchie par une pointe minérale.



Issue principalement de baies en surmaturité (Florian n’aime pas trop le botrytis…) cette cuvée VT très classique dans son expression associe avec élégance une matière épanouie et une trame acide fine mais profonde…Belle réussite !


Vendange Tardive 2005 – Domaine Hugel à Riquewihr : le nez s’ouvre sur d’intenses notes de réduction qui disparaissent après oxygénation pour laisser la place à une palette complexe sur les agrumes mûrs et la rose, en bouche le moelleux est délicat, velouté mais sans lourdeur, l’équilibre est impeccable et la finale possède une longueur aromatique considérable.
 


G. C. Mambourg Vendange Tardive 2005 – Domaine G. Fuchs à Sigolsheim : le nez est très mûr sur le raisin sec, les fruits exotiques et les épices douces, en bouche la matière est dodue mais le moelleux très prononcé ne trouve pas de répondant, la finale est complexe avec des notes de mangue confite, de caramel et un botrytis sensible.
Insolent de jeunesse et d’équilibre la cuvée V.T de Hugel, issue du Grand Cru Sporen, met tout le monde d’accord…on est face à un très grand vin…mais pouvait-il en être autrement !
Le vin issu du Mambourg est plaisant mais un peu trop riche...au bout de 7 ans de vieillissement il n’a pas encore trouvé son harmonie. J’ai bien peur qu’il n’y arrivera plus…


Dernier petite contribution de Bernard Bohn à la réussite de cette soirée :

Gewurztraminer S.G.N. 2000 : le nez est fin avec une palette sur les fruits exotiques, en bouche, après une attaque bien vive la matière ample et équilibrée posée sur une ligne acide puissante bâtit un équilibre très élégant, la finale est très digeste avec des nuances poivrées et une fine amertume.



Les 80 g de SR restants sont superbement intégrés dans la matière encore très gourmande de cette SGN qui porte fièrement son âge respectable (plus de 12 ans quand même !).
Remarquable par son équilibre, ce gewurztraminer semble commencer sa phase de maturité…j’irai bien le revoir dans 10 ans !



Pour conclure :

- Comme il fallait s’y attendre, avec une série de 6 ou 7 flacons on ne pouvait que survoler le problème de la multiplicité des personnalités du gewurztraminer : certes avec ce cépage très aromatique les palettes exotiques ou florales plus ou moins épicées se retrouvent sur la majorité des cuvées mais en ce qui concerne les équilibres en bouche la gamme est presque illimitée…allant du sec (ou presque) au liquoreux parfois extrême avec certaines « quintessence » ou autres qui dépassent le demi kilo de S.R. par litre !

- Il n’en reste pas moins que ces gewurztraminers ont été goûtées avec grand plaisir : à part l’invité surprise du sud qui ne tenait vraiment pas la route les 6 vins se sont livrés avec naturel et spontanéité. En considérant la finesse de leur équilibre en bouche, la différenciation qualitative se faisait assez naturellement : la marque du terroir et la maîtrise du vinificateur comme juges de paix…normal !

- N’étant pas trop amateur de cuvées trop moelleuses, je reste néanmoins ébahi par la précision du travail des Hugel sur leur V.T. 2005, évident de classe et de potentiel mais pour le coup de cœur j’opterai pour le Kaefferkopf 2010 des Bernhard : précis, facile à approcher mais avec beaucoup de fond…un vin vraiment abouti.

- Merci à Eric et à Guy d’avoir su choisir ces flacons…au vu de l’offre cela n’a pas du être chose aisée. Merci à Bernard d'avoir complété nos séries avec quelques belles surprises issue de sa propre production.


@+
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  Posté par patrickessa - 07/05/2013 - 16:16 - 15 commentaires - Edit

Qu'est-ce qu'un grand vin?

V oilà un sujet très difficile à circonscrire car il revêt des niveaux de réponse bien différents. Parle t'on de la classe absolue d'un vin au regard de ses pairs, de la qualité de son élaboration, de la transformation de son potentiel initial lié au terroir, de sa présence face à un met, de son importance social liée à une ouverture "de prestige" ou simplement du moment hédoniste passé à le déguster?



J e crois que c'est ce dernier point qui est essentiel car sans relation à l'autre, sans la joie du partage, sans ce "je ne sais quoi" qui fait que l'on a envie de boire, il y a comme une absence fondamentale, comme un "truc" qui fait que nous n'avons - que je n'ai! - pas envie de m'émouvoir.

Je me souviens d'expériences liées à certains flacons que j'avais en mon cellier, des grands vins qui me faisaient vibrer simplement parce que dans la cave je les croisais du regard, je savais pouvoir les ouvrir, je les sentais presque à travers le verre, mirant parfois leur couleur dans le rat de cave juste au dessus ou sentant les étiquettes légèrement moisies pour m'imprégner de ces odeurs de "bon" de ces senteurs porteuses d'espoirs, de rêve et sans doute même de folie. Combien j'ai aimé boire virtuellement mes vins en solitaire dans les méandres de ma grande cave voûtée médiévale. Qu'ils étaient grands et combien je les ai comptés, imaginés et espérés!

P lus tard j' ai "enchaîné" les grands vins comme d'autres alignent des trophées, cela fut une expérience sèche, enrichissante et quelque peu fastidieuse qui me fit toucher du doigt la réalité cachée derrière les reflets du verre, celle qui autorise à pénétrer les breuvages et à les envisager selon un cahier des charges aussi rigoureux... que dénué de vibration. J'appris beaucoup, je voulais tout boire, tout connaitre, tout ressentir, tout savoir! Las, en dépit de cette ronde gustative frénétique de crus plus grands les uns que les autres, il me sembla vite que je passais à côté de sensations plus simples, plus justes, plus subtiles et moins "formelles".

L e temps vint de boire le vin sans le disséquer et surtout de comprendre qu'un flacon doit d'abord être facile à boire car sans buvabilité aucun cru ne peut être réellement intéressant. Expliquez moi pourquoi certains Porto "pesant" 20 degrés d'alcool glissent mieux que des bombes "sucreuses" en exprimant 6 de moins, dîtes moi pourquoi vous terminez à l'aise tel petit vin gourmand alors qu'il vous reste des fonds de "premiers grands" et donnez moi la raison qui vous conduit à encaver toujours le - ou les! - même vin chez le même propriétaire? Simple...vous vous régalez à chaque fois et vous aimez l'avaler! Le genre de sensation caressante et subtile qui vous apporte de la gaieté en flattant votre niveau de compréhension le plus spontané...hmmmmmm que c'est bon!

J' en suis là! Comme de nombreux membres de ce site, j'ai dû boire tout ce qui se fait de plus raffiné en matière de vin depuis la fin du 19° siècle jusqu'à avant-hier, mais aujourd'hui je ne boude pas mon plaisir devant ce Vinho Verde de 2008 offert par mon bouchonnier et s'il n'est pas "grand" je sais qu'il va me permettre de comprendre pourquoi dans sa simple expression, il m'autorisera à avoir le verbe silencieux, l'émotion retenue et le palais subjugué lorsque la prochaine fois je tomberai sur une immense bouteille!


A la vôtre!

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