Montrachet 2000 Domaine de Laguiche - Maison Drouhin à Beaune
Le grand cru Montrachet produit certains des plus grands vins blancs secs de Bourgogne et est sans doute celui qui de nos jours se vend le plus cher, tant sa petite surface est courtisée par les vignerons pour sa réputation multi-séculaire. Les bourguignons l'ont toujours placé un cran au dessus de leurs autres crus blancs en le désignant un peu comme le grand cru A de Côte d'Or, sa valeur étalon en quelque sorte.
Cependant boire un Montrachet à maturité est devenu une gageure car les quelques 30.000 bouteilles annuelles produites sont toutes quasiment réservées à l'avance par des buveurs qui ne partagent pas toujours leur fortune avec une fine connaissance des blancs de la région et de leur potentiel d'évolution. Objet de luxe destiné à accompagner des repas prestigieux, il glisse fréquemment dans des gosiers peu attentifs ou alors en admiration "par avance".Dommage.

Les quelques exemplaires que j'ai en cave sont toujours ouverts après un prélude qui mêle deux finages et qui se poursuit par deux autres grands crus, ce jour là un Corton-Charlemagne et Chevalier-Montrachet "les demoiselles". Je crois qu'il est important de percevoir le carcatère vineux évident de ce cru si éloigné des archétypes blancs mis en lumière aujourd'hui. Souvent très riche, peu acide et de texture visqueuse il a - un peu à la manière d'un Rangen en Alsace- une puissance formelle sidérante qui le rapproche? au niveau de sa matière, d'une granularité de vin rouge.
Produit sur 8 hectares et partagé par les villages de Chassagne et Puligny-Montrachet, il est marqué par trois zones distinctes. La première, côté Puligny, regarde le levant, est assez peu inclinée et est composée d'un substrat argilo-calcaire brun/rouge. Elle donne les vins les plus équilibrés, fins et sensuels du cru. La seconde qui dispose de même substrat du côté de Chassagne verse vers le sud et est ainsi un peu plus solaire et précoce, elle donne des vins légèrement plus opulents et intenses. Enfin une petite zone incluse tardivement dans le cru et située sur Chassagne, se place au dessus du cru au sud en formant de petits enclos en terrasses, ce sont "les dents de chiens", le sol y est un peu plus pierreux et le caractère du vin s'approche quelque peu de l'élégance du Chevalier tout proche. Soyons prudent toutefois car les différences stylistiques sont ténues. Une propriété assemble ce dernier lieu-dit avec la partie Chassagne (Prieur)et seul les domaines Colin et Amiot produisent du "pur" Dents de Chiens.
En 2000 la Bourgogne a bénéficié d'un climat clément et d'une récolte abondante. Les raisins étaient sains et marqués par des degrés élevés et une bonne acidité, cela a conduit de nombreux observateurs a évaluer l'année comme excellente. Las, sur la durée, de nombreux vins ont connu des évolutions rapides et des oxydations prématurées et aujourd'hui le millésime se montre très inégal à l'ouverture. Le potentiel était pourtant grand et les flacons ayant parfaitement vieillis se montrent de haut niveau.
Celui-ci est encore marqué par des effluves de réduction qui demandent quelques temps d'aération pour révéler pleinement les senteurs du vin et sa noble origine. Mais passé ce cap un peu ingrat et si l'on a pris soin de l'attendre un peu, on découvre alors un vin frais jeune et fringant qui dispose encore d'une belle robe or à reflets verts. Sa bouche est très riche et onctueuse sans pour autant faiblir du côté de l'acidité qu'elle intègre dans une vraie richesse aromatique forale. J'aime ses notes de chèvrefeuille, de fleur de vigne et ses accents subtilement citronnés. Belle finale pour un vin qui a encore besoin d'un peu de temps sous verre. Très bien +
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