A propos du millésime 1993
Les conditions climatiques s'étaient avérées très bonnes jusque fin août, mois particulièrement caniculaire et en cette fin de mois, on avait une excellente maturité des raisin. Hélas, toutes les vendanges ont été faites en présence de pluies, avec, dans certaines appellations, des trombes d'eau qui se sont abattues.
Il en résulte un millésime assez atypique, très variable en fonction du moment où les raisins ont été récoltés et du soin apportés à ceux-ci. Les vignerons ayant anticipé le fait que le climat allait perdurer maussade et qui n'ont pas cherché à trop extraire semblent s'en tirer nettement mieux que les autres.
Globalement, dans le Médoc, les tannins ne sont pas toujours très mûrs , ce qui rend les vins plus austères et la dilution de certains provoque un manque de fruit qui confère un déficit en souplesse et en gourmandise.
Par contre, dans le Libournais, particulièrement les Saint-Emilion, Pomerol, les raisins, ayant bénéficié de maturités encore plus précoces, ont été vendangés avant le Médoc, présentent moins de dilution. Certains vins, dans leur jeunesse, se distinguaient par une profondeur et une fermeté inattendues.
Pour les Graves, la situation est assez comparable au Libournais.
La dégustation
Comment ont évolué ces vins après quinze ans, c'est ce que, dans le cadre de notre Club DCVD, Laurent secondé de Yves nous propose comme réflexion de la soirée. Les vins sont servis à l'aveugle dans une ambiance très studieuse.... calme qui ferait fuir le plus tendre des Gunthards, sortes de dieux vivants de la dégustation auxquels, chacun de nous, voue une admiration sans limites. (C'est vrai que je les vois dans une semaine...) Jehan, serais-tu celui par lequel l'ambiance se déchaine?
Passez outre le fantastique civet de Laurent et Yves, servi en fin de dégustation, serait une insulte à la bienséance et surtout au plaisir, tant ce que nous ont proposé les deux compères était top de top. Merci les gars ! (Mais pourquoi suis-je donc au régime, tudju?)
Allez hop...

1.Troplong Mondot
La robe est grenat, assez profond avec des marques d'évolution. Le nez est assez complexe, étonnamment jeune avec des notes boisées-lactées dominantes mais aussi des fruits noirs et rouges. L'alcool est aussi perceptible.
En bouche, on retrouve un bon équilibre entre acidité, gras et tanins, avec une présence non négligeable de fruit. La finale est toutefois dominée par l'amertume des tanins. 14,5/20

2. Léoville-Barton
La robe est beaucoup plus évoluée mais conserve de la profondeur. Le nez est d'abord très fermé, puis s'ouvre lentement sur des notes à la fois herbacées (fougère) et boisées, sans la moindre trace de fruit.
La bouche est marquée par une acidité moyenne et un équilibre totalement dévié vers les tanins très durs. Bien qu'on retrouve un peu de fruit en milieu de bouche, la finale est dure et courte.. 11,5/20

3. Gruaud-Laroze
La robe est assez diluée, très claire aux abords, plus dense au cœur. En bouche le net est assez net, complexe fait de fruits noirs compotés, de boisé (vanille très présente) et d'une pointe de végétal et d'alcool.
La bouche est très intéressante, charnue, bien sur le fruit rouge avec une acidité d'attaque rafraichissante et des tanins assez fins. Dommage que la finale soit un peu diluée et plus marquée par l'amertume, sinon, on aurait eu, ici, un très beau vin. 15/20

4. Léoville Las Cases
La robe est encore très dense, presque jeune. même chose pour le nez, plein de fougue avec des notes surmuries et beaucoup d'élevage, un vin définitivement très technique ? La bouche ne confirme pas vraiment le nez et si les fruits noirs sont présent, on est confronté à une terrible dureté des tanins, aggrémenté d'un côté "trop sec". 12,5/20
A noter que sous l'impulsion de Vincent, le vin est resservi en fin de dégustation, et là, il faut admettre qu'il a grandi en plaisir, en fruits et en longueur, la finale étant d'une bonne longueur. 15/20

5. Lagrange
La robe est bien évoluée et le nez propose des fruits noirs compotés qui semblent fort extraits ainsi que du bois. Malgré le côté technique de ce nez, cela reste plaisant, voire agréable et séducteur. La bouche est à l'inverse du Las Cases, goûté la première fois, pleine de fraicheur, de rondeur avec un fruit gourmand que relève bien des tanins avec pas mal de relief. La finale est très intéressante. Un très beau vin avec du plaisir 16/20

6. Le second vin de Mouton-Rothschild
Je rappelle que les vins nous sont présentés à l'aveugle... on peut dire que celui-ci faisait office de pirate?
La robe est diluée et le nez manque de netteté avec un manque de structure et de complexité hallucinants. En bouche, il y a du bois et rien que du bois, on se croît en train de sucer un vieux bâton de réglisse sans âme. Indigne, mais toutefois intéressants de l'avoir mis dans la dégustation. 9/20
7. Cos d'Estournel

Retour à une robe, plus dense, plus structurée. le nez est fermé, manque de netteté, fait penser à des côtés truffés et ne réjouit que très peu l'assemblée. la bouche est au diapason et fait plus penser à un problème de bouteille, sans incriminer le bouchon, qu'à un problème de futaille. Dommage, parce que l'on perçoit que derrière ce flou, il y a de la matière à revendre. A revoir. 11/20

8. Mouton-Rotschild
La robe est encre très jeune avec un grenat très profond. Le nez est frais et complexe avec des fruits rouges bien mûrs, un côté viandeux et une petite pointe d'alcool. L'élevage est présent lui aussi, mais sans brutalité. En bouche, l'élégance est de mise avec un splendide équilibre, entre la fraicheur, le fruit et les tanins très structurés. Si la longueur avait été plus au diapason (c'est un peu comme les Finger de Mr Cadbury) et un poil moins asséchante, on aurait eu là, un tout tout beau vin. 16,5/20

9. Sociando-Mallet
Une des robes les plus évoluées de la soirée. Le nez par contre est séducteur et puissant, avec une belle complexité où fruits rouges et noirs se donnent le change. On aime à s'y attarder.
Si, à l'attaque, l'acidité est un peu en retrait, le milieu de bouche est très dense, plein de fruits, avec des notes de bois de réglisse et des tanins plus fins que charpentés. La finale est en accord avec tout cela. le vin le plus gourmand de la soirée et coup de cœur. 17,5/20

10. L'Angélus
La robe est très jeune, très noire avec un peu d'évolution sur ses bords. Le nez est très puissant, plus sur la torréfaction que tous ses congénères de dégustation. On retrouve aussi de la menthe, de la vanille et le tout fait penser à une extraction menée au bout. La bouche confirme ce sentiment, mais pour ceux qui aiment le style, elle est pleine, fraiches avec pas mal de fruit, le tout structuré par des tanins charpentés. Force m'est de reconnaître que c'est un très beau vin, avec un style très prononcé. 17/20
Conclusions
Bien que présents en majorité, les Médocains s'en tirent pas mal avec deux belles surprises que sont Lagrange et surtout Sociando. On retrouve toutefois certaines caractéristiques prévisibles telles la dureté des tanins, l'amertume et la dilution en finale, ainsi qu'un léger manque de fruit en bouche, mais c'est très loin de ce qu'y était annoncé et au moins trois vins sur les 8 présentés raviraient pas mal de palais accompagnés d'une bonne gastronomie. On peut dire que les réticents à l'idée de cette dégustation étaient un peu en manque d'arguments majeurs en fin de celle-ci.
Les deux Libournais s'en tirent à mon avis, très bien, Troplong ayant souffert de la difficulté d'ouvrir le bal. angélus est fidèle à son style mais il aurait eété très difficile de sortir son millésime, sans le connaître à l'avance.
Si le millésime s'en sort bien, reste toujours à se poser la question du formatage global de ces vins avec lesquels un "terroiriste commé muéé" a pas mal de difficulté. Ce serait peut-être trop facile de dire que s'en tenir à Sociando aurait été suffisant... c'est facile, certes, mais combien ne l'ont pas dit ou pensé.
Quoiqu'il en soit un tout grand merci à l'organisateur et son co-pilote ! Et Viva DCVD!