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Saint Emilion Grand Cru Classé: Chateau L'Arrosée 1993
Le cru de l'Arrosée est idéalement situé sur le secteur des Côtes de Saint Emilion. Non loin de Tertre Daugay et de Magdelaine, c'est un vin de coteau et de pied de coteau qui affirme une véritable nature tellurique sur un terroir qui ne le cède en qualité - surtout en sa partie haute - qu'à Ausone et Pavie dans le secteur. La qualité de son substrat aurait donc dû le destiner à un classement en premier cru en 1956 mais la famille Rodhain qui le possédait alors le vendait à la coopérative et le glorieux accessit s'est durablement éloigné. Cependant François Rodhain par la suite à fait sortir le cru de la cave et a su lui donner une forme complexe, très qualitative qui valurent au cru une réputation discrète mais indéniable et justifiée. Il appartient depuis 2002 à des bourguignons - la famille Caille - qui ont entrepris de très importants travaux aux vignes et ont doté la propriété de nouveaux chais que j'ai eu l'occasion de visiter cette année.

Complanté de 60% de Merlot, de 20% de cabernet franc et de 20% de cabernet sauvignon il bénéficie d'une double exposition naturelle, une terroir côte pierreux et un rien plus froid que celui de pied de coteau plus argileux qui mûrit toujours précocément. Cet ensemble procure au vin une richesse et une plénitude qui évoque souvent le Beauséjour peu éloigné ou le Pavie Macquin récent. Je me souviens avoir bu un 1978 sérieux et racé, un splendide 1979 tout en richesse et suavité et des 85, 88 et 90 sans doute un rien démonstratif et plus lourdement boisé.
Ce 1993 se montrait lui plus discret que ces millésimes de la fin des années 80 et surtout moins marqué par leur côté sirupeux boisé, un rien excessif. L'année plus froide a sans doute contribué à tendre la trame grâce à des cabernets vendangés en maturité froide, cela confère au vin une belle énergie et un caractère un peu anguleux aujourd'hui, mais ne lui enlève en rien sa nature complexe.
Sa robe sombre est quelque peu évoluée et laisse poindre des reflets orangés au pourtour du disque. Le nez est très intensément parfumé et les cabernets dominent nettement à l'ouverture car le vin s'exprime sur des senteurs de tabacs froids, de bois précieux de sauge et de poivron noir. Si l'ensemble olfactif évoquerait quasiment la rive gauche la bouche est en revanche très "rive droite" car elle a une souplesse remarquable et laisse poindre un fruit frais d'une rare précision. Les tanins du bois sont amalgamés à des tanins de raisins très fins et l'ensemble exprime très bien le caractère côte de ce cru si sensuel et harmonieux. Longue finale sur le poivre noir, la muscade et la prune. Un très beau vin dans le contexte du millésime. Très bien.
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"Ordo ab chao"
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