Chambertin 2001 - Domaine Armand Rousseau à Gevrey-Chambertin
Le climat de Chambertin est depuis longtemps considéré comme l'un des cinq meilleurs grands crus de Bourgogne. Sa position médiane sur un coteau peu pentu et légèrement frais et venté lui confère un grain de texture inimitable qui avant même ses arômes envoûtants le désigne comme un des plus personnels de la Côte de Nuits. Ici, le profil aromatique variétal du pinot noir s'efface pour laisser une nature un peu ombrageuse et sauvage s'affirmer sans éclat ostentatoire mais avec une rare intensité. Lorsque le vin est parfaitement vinifié il libère dès sa jeunesse de prégnants arômes de bâton de réglisse qui le singularise nettement et qui font penser parfois à certains dégustateurs qu'il pourrait manquer de complexité face à son voisin Clos de Bèze, plus immédiatement élégant et aromatique. Il n'en est rien car le Chambertin n'affirme son évidente supériorité que sur la longue durée.

Coiffé par une bande d'arbre, incliné en pente douce vers le levant et sous l'emprise des vents qui sortent de la combe Grisard située juste au dessus au sud ouest, c'est un climat légèrement frais qui comme le Musigny puise dans cette situation une vibrante et incomparable nature énergique. Son sol bas et médian est composé de calcaire à entroque du Bajocien inférieur, alors que le haut - légèrement plus pentu et pierreux - est directement marqué par des bans marneux. Ce substratum profond est finement recouvert d'éboulis calcaires et de limons qui se sont déposés au fils des millénaires et mélangés par la façon culturale humaine, multiséculaires.
La finesse supposée des parties hautes associées à la puissance des secteurs peu inclinés marquent quelque peu le cru selon les zones où il est produit et apporte de ce fait un éclairage étonnant sur sa nature de véritable Janus gibriaçois. Ainsi est-il révélateur de comparer les Chambertins "du bas" de Prieur, Mortet ou Charlopin avec ceux exclusivement situés "dans le dessus" de Bichot, Bouchard, Bertagna ou Tortochot. La sève de ces derniers face à la nature plus aérienne et immédiate, il faudrait un "livre pour archiver toutes ces sensations! Ces deux "visions" ne résistent toutefois pas à la qualité des cuvées qui mêlent en une symphonie d'arômes les diverses origines. Il faut avoir taster les crus de Trapet, Rossignol-Trapet et Rousseau pour avoir le fin mot gustatif de la "sphère Chambertin", celle qui sans doute permet de définir "le" Chambertin comme le vin le plus incroyablement complet et accompli de Bourgogne.
Soulignons également que ce cru sanguin et fougueux aime les années solaires et qu'il s'exprime en année sèche avec encore plus de classe et de race, comme si sa nature austère aimait à s'épanouir sous les ors. Plus il est récolté mûr et précocement en Septembre, plus il se montre spontané, complexe et jovial. A l'inverse coupé fin Septembre ou en Octobre il rentre dans un froid mutisme qu'il ne quitte bien souvent qu'après quinze années sous verre.
Le domaine Rousseau possède ici plus de deux hectares répartis entre partie hautes, basses et médianes et dans les secteurs nord, 50 ares qui longent le cru au dessus, et sud, plus de 1 ha 70 ares qui coupent l'ensemble du cru dans le sens de la pente. Son expression terrienne affirmée souffre un peu de la comparaison avec le Clos de Bèze du domaine en vin jeune mais en grands millésimes - 2003 et 2005 par exemple - il me semble qu'il le surpasse d'une courte tête. Ce 2001 quant à lui est une expression tardive du cru et sa récolte fin Septembre signale nettement la qualité moyenne d'une année en demie teinte qui ne restera guère dans les mémoires en raison - en général - de tanins un peu fermes et d'une certaine verdeur ligneuse constitutive. Mais les grands vins ne doivent-ils pas affronter toutes les difficultés!?
Celui-ci a mis du temps à fondre sa nature un peu brute et un corps svelte qui confinait en jeunesse à une certaine maigreur. Je me souviens l'avoir goûté sans déplaisir il y a cinq ans mais sans lui trouver assez de puissance pour son pedigree. Redégusté il y a peu il me semble qu'il a progressé et si sa couleur est toujours assez claire, affichant un rubis sans évolution toutefois - son nez a nettement augmenté en intensité. Il s'exprime aujourd'hui sur des notes initiales de sureau, de kirsch et de griotte avec une fine ligne de fraise des bois sous jacente. En bouche les tanins sont encore un rien anguleux mais l'impression acide est bonne et porte de beaux arômes fumés/réglissés combinés à des notes de prune, d'airelle et une pointe de poivre noir. La finale est assez longue et le vin semble devoir encore évoluer favorablement durant dix bonnes années. Bien +
style classique
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