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Alsace
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Sujet Sujet: Le Kirchberg de Barr - G.C. Etape 11 RépondreNouveau sujet
 Le Kirchberg de Barr - G.C. Etape 11
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P. Radmacher
Envoyé le 16/03/2011 à 14:41 | IP Noté Citer P. Radmacher
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LE KIRCHBERG DE BARR SELON…


Le choix de ma onzième étape fut très simple : après avoir fait le tour des crus de la Couronne d’Or, il m’a suffi de mettre le cap au sud pour arriver jusqu’au prochain lieu-dit classé Grand Cru, le Kirchberg de Barr.
Un peu facile me direz-vous… j’assume pleinement, même si les raisons de mon choix sont un peu plus complexes.
En effet, de récentes sessions de dégustation avec le club A.O.C. ou avec l’Oenothèque Alsace, m’ont permis de découvrir quelques très belles cuvées nées sur ce terroir, stimulant mon désir d’en apprendre un peu plus à propos de ce Grand Cru. En outre, grâce à Thierry Meyer, j’ai pu rencontrer plusieurs fois Jean-Daniel Hering, dont le discours sur les vins m’a particulièrement intéressé.
Un beau terroir et un grand vigneron pour en parler…ma longue quête des 51 Grands Crus continue, on the road again !


 
Ambiance d’hiver en Alsace avec le coteau du Kirchberg de Barr au pied du massif du Champ du Feu.

Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.


Barr est un petit bourg de 7500 habitants, situé à une quarantaine de kilomètres de Strasbourg, au pied du massif vosgien et du célèbre Mont Sainte Odile. Ce village pittoresque, au centre historique remarquablement préservé, est la capitale viticole du Bas-Rhin.


 
Un vieux foudre peint à l’entrée de Barr qui n’oublie pas sa tradition viticole.

Même si la première trace écrite mentionnant le village de Barr, sous le nom de Barru, date de l’année 788, les historiens pensent que ce site a été occupé bien avant, comme le prouvent les nombreux vestiges préhistoriques de l’âge du fer et de l’âge du bronze découverts dans ce secteur.



La herse du blason de Barr qui symbolise le rôle ancestral de cette cité comme ultime barrière sur le chemin vers le Mont Sainte Odile, jadis lieu sacré occupé par des Druides.

Dès le IX° siècle Barr devient le chef-lieu de la Seigneurie éponyme, qui regroupait plusieurs villages alentour. Par la suite cette Seigneurie fut intégrée au Saint Empire Romain Germanique avant d’être cédée par l’Empereur Maximilien à son secrétaire Nicolas Ziegler en 1522. A partir de 1525, Nicolas Ziegler porta le titre de Seigneur de Barr et fit prospérer ce petit bourg durant plusieurs décennies. En 1525, les habitants de Barr participèrent à la Guerre des Paysans et vers 1545, sous l’influence des fils Ziegler, la Seigneurie choisit d’épouser les thèses de la Réforme et devint protestante jusqu’à la fin du XVIII°. En 1566, les fils de Nicolas Ziegler vendirent la Seigneurie à la ville de Strasbourg, qui nomma un bailli qui fut chargé d’administrer Barr et ses villages environnants.
Le XVII° siècle fut appelé « temps des calamités » par les historiens locaux tant la période fut néfaste pour Barr et sa région : la Guerre des Evêques (fin du XVI°), la Guerre de Trente Ans, la guerre contre la Maison d’Autriche se succédèrent avec leur cortège de destructions, de misères, d’épidémies.
Le XVIII° siècle fut une période d’ordre et de prospérité. La Révolution Française mit fin à la domination de Strasbourg et, après le nouveau découpage administratif, Barr devint chef-lieu de canton.


 
La vieille ville de Barr au pied du Kirchberg.

Le XIX° siècle vit un important développement économique (les tanneries en particulier) et même touristique, grâce au pouvoir d’attraction des sites environnants comme, le Mont Sainte Odile, le Champ du Feu ou le Hohwald.


 
La Kirneck, la rivière des tanneurs, qui traverse Barr, en partie sous les rues de la ville.


Comme partout en Alsace, les deux guerres du XX° siècle laissèrent de profondes cicatrices à Barr et dans ses environs.
Une fois la paix revenue Barr entama une période de déclin économique et touristique ; la ville voisine d’Obernai prit progressivement l’ascendant sur sa rivale de toujours pour s’imposer comme le nouveau pôle d’attraction de cette région.

Aujourd’hui, le promeneur féru d’architecture peut flâner dans le centre historique de cette ville pour y admirer l’Hôtel de Ville datant du XII° siècle, de nombreuses maisons de style Renaissance et deux édifices religieux, le Temple Saint Martin dont le clocher date de l’époque romane et l’église catholique (XIX° siècle) qui se trouve au pied du fameux Clos Zisser.


 
Des rues pavées et de vieilles maisons alsaciennes.




Le Temple Saint Martin au pied du Kirchberg
 



L’église catholique au bas du Clos Zisser.


La Folie Marco, un ancien hôtel de style Louis XV, est actuellement un Musée dédié au mobilier bourgeois alsacien : ancienne demeure du bailli Louis Félix Marco, elle fut qualifiée de Folie parce ce que sa construction a ruiné son propriétaire.


 
Le Musée de la Folie Marco.


Le touriste plus sportif pourra profiter des magnifiques sentiers pédestres balisés dans cette région notamment autour du Mont Sainte Odile avec le célèbre Mur Païen. Grimpeurs et vététistes trouveront également de nombreux sites pour donner libre cours à leurs passions.

Même si Barr ne compte qu’une poignée de domaines viticoles, l’œnophile trouvera un nombre considérable de belles adresses sur place et dans les villages environnants : Mittelbergheim, Andlau, Heiligenstein…autant de noms qui sentent bon le bon vin ! Le sentier viticole est aménagé pour permettre une découverte in-situ de ce vignoble et du Grand Cru Kirchberg de Barr et un très intéressant sentier géologique nous fait voyager à travers l’histoire complexe de la formation de l’Alsace sur un parcours d’une quinzaine de kilomètres.


 
Leçon de géologie in situ pour randonneurs chevronnés (15 km et 600m de dénivelée quand même…)


Le programme des festivités locales laisse une large place au vin en proposant chaque année une Foire aux Vins (durant la semaine du 14 juillet) et une Fête des Vendanges (le premier week-end d’octobre).


 
Rue pittoresques, maisons typiques…et le Kirchberg à l’arrière-plan.


Le Grand Cru Kirchberg de Barr se situe à l’est du massif du Champ du Feu sur le versant d’une colline sous-vosgienne qui domine Barr. Les parcelles classées s’étendent sur un coteau abrupt (des pentes de 30° par endroits) qui tombe au pied de la ville.


 
Dans le secteur ouest du Kirchberg, une pente à près de 30° qui plonge vers la ville.

Le Kirchberg de Barr possède une superficie totale est de 40,63 hectares, son altitude se situe entre 215 et 350 mètres et l’orientation générale est sud/sud-est.


 
Le Grand Cru dont la limite basse arrive jusqu’aux premières maisons de la ville de Barr.


Le Kirchberg, qu’on traduit littéralement par « montagne de l’église » doit son nom à la Chapelle Saint Martin jadis érigée au sommet de la colline. Même si ce terroir est naturellement protégé des vents d’ouest par la barrière des Vosges et des vents du nord par la forêt qui coiffe la colline, d’aucuns continuent de penser qu’en ce lieu où le soleil brille plus qu’ailleurs le saint protecteur y serait pour quelque chose.


 
La partie centrale du Grand Cru : des terrasses pour maîtriser la pente.

Sur le plan géologique ce Grand Cru fait partie de la famille des terroirs marno-calcaires : inscrit dans le champ de fracture de Barr, il est constitué d’une base complexe de grès calcaires, de marnes et calcaires oolithiques. Dans ses parties supérieure et centrale il est recouvert d’une couche de conglomérats calcaires du Tertiaire, sur les flancs, on trouve davantage de marnes.
Pour les spécialistes, la géologie du Kirchberg est ainsi décrite : « des sols bruns calcaires sur calcaire du Bajocien et marnes du Lias intercalées, avec en amont des sols bruns calcaires sur conglomérat de l’Oligocène » (Les unités de paysage et les sols du vignoble alsacien – CIVA 1990)


 
Le sol du Kirchberg : pentu et très caillouteux.

 


Au pied d’un cep dans la partie haute du Kirchberg


Par son orientation, sa pente, son sol caillouteux, sa situation très protégée des intempéries, le Kirchberg de Barr possède un micro-climat très favorable au mûrissement lent mais régulier des différents cépages : la pluviométrie y est faible (700mm/an…proche des valeurs relevées à Toulon) et ce sol peu profond, assez caillouteux capte et emmagasine la chaleur pour créer une ceinture chaude autour des vignes.


 
Une parcelle de vieux ceps récemment taillés au dessus du Clos Gaensbronnel.


Sur le plan historique, les vignes de Barr sont mentionnées dès le VIII° siècle sur un document émanant de l’Abbaye de Fulda. Cette abbaye du centre de l’Allemagne est aux vins du Rhin ce que Cîteaux est à la Bourgogne : elle a eu une influence déterminante sur la délimitation et la reconnaissance des grands terroirs alsaciens, dont le Kirchberg et bien d’autres.
Au XVI° siècle Barr était une cité viticole importante avec 600 viticulteurs qui vivaient du fruit de la vigne. Le clocheton qui surmonte l’Hôtel de Ville était jadis destiné à prévenir de l’arrivée d’un acheteur de vin dans la ville.


 
L’Hôtel de Ville et son fameux clocheton


Le Kirchberg était un lieu-dit connu et apprécié dès 1760 mais, bien avant d’être officiellement choisi pour entrer dans le classement des Grands Crus alsaciens, ce terroir a surtout bénéficié de la réputation des 2 Clos qu’il englobe :
-    le Clos Zisser : d’une superficie de 4,5 ha., il appartient à la famille Klipfel depuis 1830.


 
Désherbage un rang sur deux sur le Clos Zisser


-    le Clos Gaensbronnel : il est situé au bas du Kirchberg et doit son nom à la statue de la fontaine de l’oie (Gaensbronnel en alsacien).


 


 
La partie centrale du Clos Gaensbronnel




La fontaine Graensbronel : ne la cherchez pas près du clos éponyme, elle se trouve en face du Musée de la Folie Marco et donc près du Clos de la Folie Marco…bizarre !


En 1906, même si le nombre de viticulteurs avait bien diminué (il en restait 165), Barr faisait encore honneur à son rang de capitale vinicole du Bas-Rhin en organisant la première Foire aux Vins d’Alsace.
Au cours du XX° siècle, le nombre de vignerons à véritablement fondu comme neige au soleil dans cette ville (il en reste une petite dizaine aujourd’hui), pourtant le Kirchberg de Barr a fait partie des 25 premiers lieux-dits labellisés Grand Cru en 1982…une vraie reconnaissance de la grandeur de ce terroir.

Au niveau de la viticulture, ce Grand Cru, est présenté par S. Dubs comme « spontanément productif » et la nouvelle garde vigneronne de la région s’est rapidement mise d’accord sur l’absolue nécessité de pratiques viticoles rigoureuses et respectueuses de la nature. C’est ainsi qu’une charte de production a été instaurée depuis 2004 pour optimiser les conditions de culture de la vigne : une viticulture raisonnée et plus naturelle pour produire des raisins avec un état sanitaire irréprochable et une maturité complète, tant au niveau des sucres qu’au niveau de la matière végétale (peaux, pépins et rafles).


 
Une parcelle à l’extrême est du Kirchberg…juste avant une averse de neige.


Les observations effectuées lors d’une longue promenade sur le coteau du Kirchberg révèlent des conduites de la vigne encore très diversifiées : désherbage un rang sur deux chez Klipfel, culture biologique avec travail intégral du sol chez Kleinknecht ou Stoeffler, travail intégral du sol selon la charte Tyflo pour le domaine Hering
En tous cas chaque parcelle est parfaitement soignée par des vignerons qui savent que la réussite de grands vins sur ce terroir demande beaucoup de travail et d’attention.


 
Un travail du sol plus ou moins profond, toujours un rang sur deux.



 
Le gewurztraminer est le cépage emblématique du Kirchberg de Barr : il paraît que c’est sur ce coteau que fut planté le premier pied de gewurztraminer en Alsace. Aujourd’hui encore il reste le cépage le plus répandu sur ce Grand Cru : il occupe 14 hectares et produit des vins opulents, puissamment bouquetés avec des notes de litchis, de roses et d’épices « des vins qui donnent la pleine expression de ce cépage » dira S. Dubs.
Avec une surface de 7 hectares le riesling reste dans l’ombre du gewurztraminer mais a une belle carte à jouer surtout dans les parcelles du haut et du centre du coteau. Les vins produits dans ces secteurs possèdent des olfactions très complexes (fleurs, agrumes confits, fougère, épices…) et un corps gracile qui s’étoffe avec l’âge.
Le pinot gris occupe quelques rares parcelles (5 hectares) où il produit des vins alertes et charpentés qui feront d’excellents compagnons de table.

Le Kirchberg de Barr est un terroir apte a produire des crus d’exception, capiteux et généreux mais souvent fermés dans leur jeunesse, ce sont des vins de garde par excellence « Nous avons des gewurztraminer de 1937 qui sont un véritable régal » affirme Jean-Louis Lorentz-Klipfel, qui sait de quoi il parle puisque les caves du domaine Klipfel abritent une impressionnante oenothèque où reposent quelques vénérables bouteilles des meilleurs millésimes du siècle dernier.



Un domaine dont les caves recèlent des trésors cachés…

Il est évident qu’un passé aussi prestigieux constitue un défi permanent pour cette dizaine de vignerons qui portent sur leurs épaules le poids de plusieurs siècles d’histoire viticole. Garder la mémoire mais aller de l’avant vers plus d’exigence et de qualité…tout un programme pour la jeune garde barroise…Courage !


 
Sur les pentes du Kirchberg, un monument en mémoire des grands vignerons de Barr : la reconnaissance pour les hommes qui on œuvré en faveur de la reconnaissance du Kirchberg…quel joli carnet d’adresses !





…JEAN-DANIEL HERING




Le domaine Hering occupe un bel ensemble de maisons alsaciennes entre l’Hôtel de Ville et le Musée de la Folie Marco.


 
Le caveau donne sur la route et attire le regard du passant par ses voûtes en grès et ses vitrines où s’exposent quelques unes des prestigieuses références du domaine.


 
Jean Daniel Hering me reçoit dans ce bel espace dédié au vin en compagnie de son épouse qui s’occupe en permanence de l’accueil de la clientèle au caveau : une présence capitale lorsqu’on sait que près de 50% de la production du domaine est vendue à une clientèle de particuliers.
« On va profiter du beau temps pour se promener sur le Kirchberg…on sent mieux l’esprit du Grand Cru lorsqu’on s’y trouve »…et me voilà obligé de remettre en cause mon mode opératoire parfaitement rodé depuis 10 visites !
Le questionnement et la prise de notes s’effectue donc in-situ en plein air…je sens que la relecture et la retranscription de mes gribouillages va être compliquée.


 
Au milieu du Kirchberg, au dessus du « Mairehisel » (la maisonnette du maire), une parcelle de vieux sylvaners (à droite) et de pinots noirs (à gauche) du domaine Hering : un décor splendide pour évoquer le Grand Cru.


Comment définir ce terroir ?

Le premier élément qui définit le Kirchberg est la présence massive de pierres calcaires dans le sol : ce sont des blocs de calcaire oolithique plus ou moins gros que les vignerons sont obligés de sortir de leurs rangs de vigne pour rendre la terre cultivable. Sur ce coteau on trouve partout des « Steinrössel » (des pierrets) véritables murets formés par des fragments de roches empilés entre les différentes parcelles.
 « Mais la définition d’un terroir ne se limite pas simplement à des caractéristiques géologiques », Jean Daniel Hering évoque trois autres paramètres qui ont une importance déterminante dans l’identité du Kirchberg :
-    la forte pente qui permet une bonne captation des rayons du soleil et une évacuation très rapide des eaux de pluie.
-    l’exposition aux vents qui permet de réguler un peu la chaleur et de sécher rapidement l’humidité. « Même si le Kirchberg est protégé des vents trop forts par le relief et les forêts qui le bordent, il y a toujours un peu d’air sur ce coteau ».
-    la très faible pluviométrie « l’Ungersberg est un véritable verrou pour les influences océaniques souvent porteuses de pluies ». Cette montagne qui culmine à 900 mètres constitue un obstacle presque infranchissable pour les nuages venus de l’ouest « en général, les masses nuageuses se déchirent et s’en vont vers Molsheim au nord et vers Epfig au sud »

Bref, avec un sol calcaire « un élément qu’on retrouve dans la plupart des grands terroirs », peu acide « les équilibres des vins se construiront autour de la salinité » et un micro-climat chaud et sec, le Kirchberg de Barr offre « des conditions optimales pour élaborer des vins puissants, charpenté et taillés pour une longue garde ».

Ce Grand Cru a également la particularité d’englober deux clos réputés qui ont fait beaucoup pour le développement de ce terroir :
« le clos Zisser pentu et orienté sud/sud-ouest et le Clos Gaensbronnel moins pentu et orienté sud/sud-est ».
Jean Daniel Hering connaît bien le Clos Gaensbronnel où il récolte son fameux gewurztraminer : « situé dans la partie basse du Grand Cru, le Clos Gaensbronnel possède une terre plus fertile et surtout une source souterraine qui descend du Kirchberg, passe sous le Clos pour faire sa résurgence au niveau de la fontaine un peu plus bas » (voici l’explication de la fontaine Gaensbronnel…). Cette présence d’eau en profondeur constitue un élément de régulation hydrique et thermique mais aussi une réserve d’humidité favorable au développement du botrytis. « un terroir exceptionnel pour le gewurztraminer ».


 
Le Clos Gaensbronnel en forme de triangle au bas du coteau…plus loin, enclavé entre les maisons on distingue une partie du Clos de la Folie Marco.


Quels sont les cépages les mieux adaptés ?

Contrairement à certaines idées reçues, il n’y pas que le gewurztraminer qui réussit sur ce terroir « Le Kirchberg est très polyvalent, on y produit aussi bien de grands vins secs que de très beaux liquoreux ».
Le domaine Hering possède une parcelle « historique » de vieux sylvaners derrière le Mairehisel, des rieslings, des pinots gris, des gewurztraminers et même une parcelle de pinots noirs depuis 1990. « nous étions les premiers à planter ce cépage sur le Grand Cru, mais avec ce micro-climat chaud et la présence de calcaire, ce choix était évident »


 
Une parcelle de rieslings du domaine sur le Grand Cru


Quels caractères spécifiques ce terroir transmet-il aux vins ?

Comme tout terroir calcaire le Kirchberg marque surtout les vins en bouche « sur ce Grand Cru, les vins laissent en bouche une incomparable sensation saline qui transcende chaque cépage ». Quel que soit le profil aromatique ou la nature de son équilibre un cru du Kirchberg se reconnaîtra par sa grande sapidité et ses amers nobles et élégants qui surprennent parfois mais qui laissent au palais une sensation de pureté cristalline et de fraîcheur.
Au niveau aromatique il faut un peu de temps pour que les rieslings et les pinots gris s’expriment pleinement par contre le gewurztraminer parle haut et fort dès son plus jeune âge avec un registre olfactif floral et épicé qui atteint des sommets de complexité après une dizaine d’années de garde.
Le marquage du Kirchberg domine souvent celui du le millésime : « C’est souvent dans les années difficiles, trop sèches ou trop humides, que ce Grand Cru montre sa puissance en produisant des vins qui restent davantage marqués par le terroir que par le millésime ».


Y-a-t-il dans votre mémoire de vigneron le souvenir d’un vin mythique sur ce Grand Cru ?

Thierry Meyer va encore être déçu, mais une fois de plus, nos vignerons ne remonteront pas très loin dans l’histoire du domaine pour trouver leur cuvée coup de cœur : ce sera un gewurztraminer Clos Gaensbronnel 1985 pour madame et un gewurztraminer Clos Gaensbronnel 1998 pour monsieur…
« Un vin abouti qui a atteint sa phase de plénitude aujourd’hui et qui s’exprime avec suavité et élégance ».
Jean Daniel Hering cite également les vins des millésimes 2003 et 2006 qui ont su garder une identité forte malgré des conditions climatiques très délicates : « des 2003 frais et équilibrés, des 2006 mûrs et non dilués…le Kirchberg a justifié son rang ! »


Quelles perspectives pour ce terroir ?

« Aujourd’hui le Kirchberg de Barr est bien mis en valeur par les vignerons locaux mais nous souffrons d’un déficit de notoriété parmi les Grands Crus alsaciens ».
Jean Daniel Hering représentera le Kirchberg au Salon des Grands Crus à Paris en mars mais comme il le regrette « la clientèle qui vient déguster des Grands Crus d’Alsace ne vient pas spontanément vers les vins du Kirchberg de Barr ».
Et pourtant ce terroir a fait la preuve de sa grande valeur depuis des siècles et les vignerons qui le travaillent aujourd’hui ont fait véritablement le choix de la production qualitative en adoptant des pratiques viticoles exigeantes et respectueuses de l’environnement : « Sur le Kirchberg nous nous sommes entendus pour choisir une viticulture propre…Un Grand Cru c’est vivant ! »


 
Les pentes du Kirchberg vues du bas, près du Clos Gaensbronnel (au premier plan)


Les vins du domaine : quelle conception ?

Crée en 1858 par Emile Gustave Hering, fils d’un pharmacien de Barr, le domaine est aujourd’hui exploité par Pierre Hering et son fils Jean Daniel, représentants de la 4° et 5° génération de la famille fondatrice.
Le domaine exploite 10 hectares sur le vignoble de Barr et environs avec des terroirs remarquables comme le Kirchberg et son Clos Gaensbronnnel mais aussi d’autres lieux-dits qui méritent qu’on s’y intéresse comme :
- le Clos de la Folie Marco : une propriété de la Ville de Barr enclavée entre les maisons de la ville « c’est un terroir dans le prolongement du Kirchberg avec des caractéristiques proches du Grand Cru mais avec une terre un peu plus fertile et un microclimat très protégé des vents qui le rend particulièrement précoce ».


 

 
Les rangs de sylvaners du Clos de la Folie Marco

Malgré la pression immobilière qui s’accentue de jour en jour, Jean-Daniel Hering continue de défendre son carré de vigne avec ses rangs de sylvaners et de rieslings qui produisent de belles cuvées de vins de fruit qui portent le nom du clos.

- le Rosenegert : une parcelle située en altitude entre des bosquets et des prairies à orchidées entretenues par le Conservatoire des Sites Alsaciens. Défrichée et mise en culture en 1998 elle est complantées avec 5 cépages (50% riesling, 20% de pinot gris, 20% de gewurztraminer, 7% de muscat et 3% d’auxerrois). « C’est un terroir plus tardif avec une belle régulation thermique du fait de l’altitude et de l’environnement boisé ». Cette cuvée est vendue sous le nom du lieu-dit depuis le millésime 2008, « il a fallu laisser le temps à la vigne de s’adapter pour trouver son rythme de croisière et exprimer pleinement ce terroir particulier ».


 
Le Rosenegert



A côté du Rosenegert, les techniciens du Conservatoire des Sites Alsaciens défrichent une parcelle que le domaine Hering a mise à leur disposition.


Au niveau de la viticulture, en tant que membre de l’association Tyflo, le domaine Hering met en œuvre des pratiques respectant le milieu naturel de la vigne dans une philosophie de développement durable : respect des sols, de la faune utile et des paysages…tout un programme !
En ce qui concerne la viticulture biologique, Jean-Daniel Hering émet encore quelques réserves « le cuivre y est autorisé à des doses trop importantes ; avec Tyflo nous ne refusons pas forcément toutes les molécules de synthèse mais nous limitons l’usage du cuivre à 3kg/ha et par an ».
A niveau des vinifications, les pratiques sont traditionnelles : vendange manuelle, pressurage doux, fermentation sous l’effet de levures indigènes et élevage en foudres pour près de 80% de la récolte. Jean Daniel Hering est un adepte des contenants en bois « le bois permet une micro-oxygénation des vins, très intéressante pour leur équilibre (…) De toutes façons nous les garderons tant que je pourrai me glisser dedans pour les nettoyer »…Enfin une vrai motivation pour garder la ligne !
Le soufre est utilisé sans excès « je fais des allergies pulmonaires au soufre, ça ne m’encourage pas à en abuser dans ma cave (…) mais je considère que c’est un produit nécessaire pour permettre à ma clientèle de garder mes vins quelques années »
Le domaine Hering propose une gamme de 26 références classées en 5 grandes familles :
- les vins en litres pour le service au pichet ou la cuisine
- les vins tradition qui reflètent avant tout l’expression du cépage comme les cuvées « Les Coteaux » ou « Le Clos de la Folie Marco »


 
Une des cuvées emblématiques du domaine Hering

- les crémants avec une cuvée traditionnelle et une cuvée prestige « blanc de noirs » élevée 18 mois.
- les vins de terroir avec les Grands Crus et le Rosenegert


 
La triplette de Grands Crus




Récemment mise en bouteilles 2010 est le troisième millésime de cette cuvée issue d’une  complantation

- les vins de collection qui proviennent  du Kirchberg mais sont issus de parcelles sélectionnées ou de vendanges surmûries ou botrytisées.

Comme nous l’avons déjà vu plus haut cette production s’écoule pour moitié auprès d’une clientèle particulière, 30% part à l’étranger (Europe du Nord, Japon, Etats Unis), les 20% restants se retrouvent dans quelques restaurants locaux et chez des cavistes de la région.


Et dans le verre ça donne quoi ?

Nouvelle incartade dans mon protocole habituel…voilà que mon hôte me propose la dégustation à l’aveugle de 3 références prélevées dans la réserve du domaine.
Je me retrouve donc  face à trois verres mystère avec trois vins à la robe étincelante et dorée…concentration maximale !

Vin 1 : le nez discret s’ouvre sur des notes végétales (gentiane) qui évoluent peu à peu vers de délicats arômes de zestes d’agrumes, la bouche est droite et élégante, les arômes de pomelo se manifestent timidement, la finale est profondément minérale, marquée par de très beaux amers sapides et salivants.
Le millésime signe le nez à l’ouverture mais le cépage et la salinité du grand cru s’imposent progressivement pour construire un très beau vin de terroir. J’ai rapidement reconnu le millésime et le cépage mais j’ai été étonné par l’intensité de la  présence minérale en bouche qui témoigne vraiment de la force du Kirchberg :
Riesling G.C. Kirchberg de Barr 2004

Vin 2 : le nez est intense, complexe, évolutif avec une attaque franche et précise sur la rose suivie d’un festival d’arômes suaves et raffinés, bergamote, girofle, menthe poivrée…, la bouche se montre caressante au début et le registre aromatique gagne encore une peu en richesse mais la finale est marquée par une vibrante minéralité avec des amers nobles qui font saliver et des notes poivrées qui persistent longuement.
Un vin qui allie de façon remarquable puissance et élégance, l’intensité est présente tant au nez qu’en bouche mais la structure minérale confère un équilibre et une race inouïe à cette cuvée dont je reconnais aisément le cépage mais où je me fourvoie lamentablement sur le millésime : 2007 pour la générosité ou peut-être 2008 pour la trame de fond très vive…je suis loin du compte, mais c’est tout à l’honneur de ce vin qui a vraiment gardé une superbe énergie :
Gewurztraminer G.C. Clos Gaensbronnel – Cuvées des Frimas 1998

Vin 3 : le nez est intense et très agréable avec des notes toastées, de froment, de malt et de miel, la bouche est grasse, charnue et puissamment aromatique, le registre du nez se retrouve avec un léger goût fumé en plus, la salinité du Kirchberg vient apporter une touche de fraîcheur et de minéralité en finale ;
Riche mais parfaitement équilibré ce pinot gris est absolument superbe avec cette palette entièrement dédiée aux céréales torréfiées et cette texture riche où le terroir s’impose pour ne laisser aucune place à la lourdeur. Le cépage était facilement identifiable mais l’année est restée un mystère pour moi…une belle impression de jeunesse pour ce vin  vraiment étonnant :
Pinot Gris G.C. Kirchberg de Barr 2001


 
Jean Daniel Hering qui prépare la dégustation à l’aveugle

La dégustation se poursuit avec deux vins (très) jeunes :

Gewurztraminer G.C. Clos Gaensbronnel – Cuvées des Frimas 2008 : le nez est pur, moyennement intense avec un fruité direct et séduisant et quelques touches épicées, la bouche est un modèle d’élégance qui intègre un moelleux très suave et une puissante salinité qui soutient la longue finale.
Un gewurztraminer encore très jeune mais qui s’exprime déjà avec une classe inouïe même si sa structure le destine à une longue garde. Récolté sur le Clos en surmaturité mais sans botrytis ce vin qui se situe dans la lignée du magnifique 98…avis aux amateurs !




Pinot Gris G.C. Kirchberg de Barr VT 2008 : le nez est assez fermé avec de discrètes notes briochées, la bouche est exceptionnelle de densité et d’équilibre, un gras imposant, une présence ample et longue et une salinité finale vraiment sidérante en finale.
Face à la sensation laissée par ce pinot gris on ne peut vraiment qu’être convaincu par la puissance minérale hors norme du Kirchberg : « voilà une preuve de plus de la polyvalence de ce Grand Cru » s’exclame Jean Daniel Hering qui considère ce vin comme une référence qui fera date dans la production du domaine.
La bouteille n’est pas encore au tarif…il va falloir guetter sa sortie pour ne pas rater cette superbe cuvée !


Pour conclure, un petit bilan sur cette onzième expérience de visite approfondie d’un terroir Grand Cru (attention je risque de me répéter…) :

- J’ ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Kirchberg de Barr comme avant !

- Les crus du Kirchberg de Barr se distinguent par leur texture puissamment minérale qui peut parfois leur conférer un toucher de bouche légèrement tannique. La dégustation de 3 vieux millésimes et de 2 vins dans leur prime jeunesse a montré la permanence d’une concentration saline peu commune : la preuve par les papilles que la signature de ce Grand Cru se révèle surtout au palais, sur la finale. Ce caractère nous aide à comprendre comment  un cépage comme le riesling engendre des vins un peu secrets qui s’expriment vraiment après quelques années de garde et surtout comment les gewurztraminers et pinots gris construisent leur équilibre autour de cette exceptionnelle trame minérale.
 
- Comme je m’y attendais un peu, cette nouvelle étape sur mon long périple m’a permis de découvrir un vigneron exemplaire qui travaille sa terre avec passion et respect et conçoit des vins pour qu’ils nous livrent l’expression la plus pure de chaque terroir. La gamme de vins du domaine couvre l’étendue des possibles dans le vignoble alsacien : du simple au complexe, du sec au liquoreux, l’amateur le plus exigeant trouvera à coup sûr de quoi se régaler. Pour être complet il faut également citer le superbe rapport qualité/prix des vins du domaine Hering : avec de délicieux vins de terroir entre 5 et 7 euros, des grands crus sublimes entre 10 et 13 euros et des cuvées d’exception entre 16 et 23 euros toute résistance devient impossible. Vous êtes prévenus !

- Comme je m’y attendais un peu la famille Hering m’a permis de vérifier une fois de plus que la convivialité et la disponibilité des vignerons alsaciens ne sont pas une légende.
Mille mercis pour cette belle après-midi !




Barr, le Kirchberg et sa maisonnette.

@+


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Pierre
 
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LES SENTIERS
Envoyé le 16/03/2011 à 18:22 | IP Noté Citer LES SENTIERS
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HOC CR MAGISTRI OPVS EST. Juste une question d'ordre étymologique : le suffixe "berg" assez souvent rencontré en Alsace cf. Kaysesberg, signifie "montagne" ou "église" ? Personnellement, j'opterai pour la première définition puisque j'ose rapprocher "Kirch" de l'anglais "Church", mais laissons répondre le connaisseur qui sourit déjà !
 
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P. Radmacher
Envoyé le 17/03/2011 à 08:35 | IP Noté Citer P. Radmacher
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Bonjour,

En Alsace on utilise le mot "berg" pour parler d'une montagne, d'une colline ou d'un coteau
.
Comme tu l'a bien deviné "Kirch" vient de "Kirche" qui veut dire "église"(l'alsaco étant un dialecte allemand, il n'est pas étonnant de trouver des analogies avec la langue anglaise).
Attention cependant à ne pas confondre "Kirche" et "Kirsche" qui se traduit par "cerise".

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Pierre
 
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thierrymeyer
Envoyé le 17/03/2011 à 12:41 | IP Noté Citer thierrymeyer
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Merci pour ce travail de fond. Dommage que Jean-Daniel n'ais pas plus de références à citer, et qu'il ne connaisse pas les GW Clos Gaensbroennel 1966 et 1962 de son père. De grands vins qui démontrent la grandeur du terroir du Kirchberg de barr.

Thierry



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P. Radmacher
Envoyé le 17/03/2011 à 14:07 | IP Noté Citer P. Radmacher
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thierrymeyer a écrit:

 Dommage que Jean-Daniel n'ais pas plus de références à citer, et qu'il ne connaisse pas les GW Clos Gaensbroennel 1966 et 1962 de son père.



Eh oui...la question "spéciale Thierry Meyer" laisse toujours les vignerons un peu perplexes...je vais peut-être la poser directement à son instigateur pour le prochain grand cru, prépare-toi 

Ceci dit, ces réponses de vigneron témoignent peut-être aussi d'une autre approche du vin : ces artisans sont peut être plus dans la réalité du présent où d'un passé récent que nous autres dégustateurs. Ils regrettent d'ailleurs tous de ne pas avoir plus de temps à consacrer aux pratiques oenophiles comme les dégustations dans des clubs ou avec l'Oenothèque Alsace.

@+


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Pierre
 
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enema
Envoyé le 18/03/2011 à 19:14 | IP Noté Citer enema
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 Bonsoir,

 Merci à Pierre pour ce beau travail! Toujours passionnant à lire.

 Thierry, je te trouve un peu dur avec Jean-Daniel: je ne vois pas en quoi le fait de citer un vin le plus vieux possible serait une meilleure réponse? C'est certain que cette question permet de mesurer l'intérêt du vigneron pour le vin en général, et de voir si il a plus de diversité dans ses réponses que de dire mon riesling GC 2008, mais là la réponse de Jean-Daniel ne me choque pas. Même si effectivement sur le Kirchberg il y a de belles références à citer! Pour ma part j'ai trouvé dans le récit de Pierre qu'on sentait bien chez Jean-Daniel une réelle conaissance de son terroir, de ses influences sur le vin. On est loin du vigneron qui explique juste que son GC est plus mûr, plus gras, plus.., plus.., plus... Et il a également une bonne capacité à l'expliquer de manière claire et pédagogique, ce qui est sufisamment rare pour être souligné! Cela devrait être un modèle pour les vignerons alsaciens!

Florian



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thierrymeyer
Envoyé le 18/03/2011 à 20:27 | IP Noté Citer thierrymeyer
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Il ne s'agit pas du plus vieux possible, mais de vins à maturité que Jean-Daniel a déjà dégusté. Pour la deuxième année consécutive, le Gaensbroennel de Jean-Daniel est dans ma sélection des 15 plus grands vins de terroir de l'année (2007 et 2008),  ce qui permet à JD de participer à la troisième mi-temps que j'organise en privé avec l'ensemble des vignerons concernés. Il participe à une belle dégustation en très bonne compagnie, et à chaque fois voit son vin complimenté par le meilleur de l'Alsace. Lorsque nous avions goûté les 2007 fin 2008, Jean-Daniel avait du partir prématurément de la dégustation, ou plutôt du déjeuner qui avait suivi, et au moment du debriefing il a eu les compliments appuyés de Léonard Humbrecht, Laurence Faller, André Ostertag et quelques autres sur la qualité exceptionnelle de son Kirchberg de Barr. Ni plus, ni moins. Voilà ce dont il est capable, et je ne sais pas comment le dire ni dans quelle langue pour que tous les amateurs de grands vins de terroir encavent au plus vite ce vin ! C'est du bonheur assuré pour les 50 prochaines années, si vous avez des enfants nés en 2008, n'hésitez pas, un carton de 12 Clos gaensbroennel cuvée de Frimas sera parfait !

Pour un vin vendu départ cave moins de 20 euros,  il y a un décalage important entre la qualité intrinsèque du vin et sa notoriété. La modestie de Jean-Daniel ne doit pas cacher les qualités du Kirchberg de Barr, que je considère comme un des 10 plus grands terroirs d'Alsace. Et c'est bien qu'avec Vincent Stoeffler, Lucas Rieffel, mais aussi la maison Klipfel qui connait un nouveau souffle sur ses grands crus, ce terroir regagne sa position de leader alsacien qu'il avait après guerre.

Thierry



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pignolo
Envoyé le 19/03/2011 à 00:27 | IP Noté Citer pignolo
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Merci Pierre pour cette mine d'informations.
David.
 
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P. Radmacher
Envoyé le 19/03/2011 à 08:50 | IP Noté Citer P. Radmacher
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thierrymeyer a écrit:

Pour un vin vendu départ cave moins de 20 euros,  il y a un décalage important entre la qualité intrinsèque du vin et sa notoriété. La modestie de Jean-Daniel ne doit pas cacher les qualités du Kirchberg de Barr, que je considère comme un des 10 plus grands terroirs d'Alsace.



Tu vas finir par donner de très mauvaises idées aux vignerons

@+



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Pierre
 
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enema
Envoyé le 19/03/2011 à 08:56 | IP Noté Citer enema
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je ne sais pas comment le dire ni dans quelle langue

Pour un vin vendu départ cave moins de 20 euros

Là est peut-être un des problèmes? Est-il possible selon toi que si il était vendu 40€ il serait enfin reconnu à sa juste valeur? Ou sinon as-tu d'autres explications? (les facteurs sont sans-doute multiples, mais en voyant de tels propos de ta part, cela fait se poser des questions!).

 

Merci

Florian



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thierrymeyer
Envoyé le 19/03/2011 à 09:21 | IP Noté Citer thierrymeyer
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Malheureusement, le prix affiché par un producteur indique quelque peu son ambition, et le consommateur se demande souvent si un vin peut être à ce point bon pour que le producteur le solde ainsi. La dégustation hédoniste s'alimente de cette information : quand on goûte un vin à 4€, on cherche quelques qualités tout en étant attentif aux défauts. Quand on goûte un vin à 40€,  a fortiori d'un domaine réputé, on a tendance à ne chercher que les qualités.

Simplement changer le prix ne résoud pas le problème, car c'est toute la gamme qui doit être positionnée correctement. Certains s'emportent et augmentent les prix car ils sont persuadés que le travail qu'ils font est le bon et qu'avant que les résultats soient là, le travail doit être justement payé. C'est une affaire de conviction vis à vis de ses clients, et si les producteurs ont quelques vieux millésimes à faire goûter c'est souvent très convaincant pour les amateurs de passage.

Il ne faut jamais oublier que vendre un vin à un client c'est un chose, mais aider ce client à vendre le vin qu'il a acheté aux gens à qui il va le servir est une autre chose. Tu as du goûter ce fameux sylvaner vieilles vignes 2007 d'une cave coop célèbre, vendu 4.5€ départ cave et qui avait bluffé un groupé à l'aveugle place au milieu de riesling Grand Cru 2007 de bonne facture, vendus entre 15 et 20 euros. Une fois la dégustation terminée, chacun est rentré chez lui, le sylvaner est rentré dans sa coop pour y finir sa vie en tête de gondolee, soldé à 3.85€ ! Tel était son destin...

Chaque vin a une histoire, et si le client a une histoire détaillée à raconter aux personnes à qui il va servir le vin, ce sera beaucoup plus passionant et valorisant de servir ce vin.

Jean-Daniel est assis sur une mine d'or avec son Clos Gaensbroennel, à condition de ne pas en faire un simple vin de dessert façon gewurztraminer VT.

Thierry



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stephaneW
Envoyé le 19/03/2011 à 12:16 | IP Noté Citer stephaneW
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Le prix des vins d'Alsace est toujours un problème. Un grand
cru à 15 euros est-ils vraiment grand pour le commun des
mortels prêt à mettre 170 euros dans une mouline ou 800
euros dans un Lafite ?

Stéphane

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P. Radmacher
Envoyé le 20/03/2011 à 07:33 | IP Noté Citer P. Radmacher
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Thierry,

Comme je te connais depuis quelques années, je n'ai aucun doute sur l'idée qui sous-tend tes propos sur le prix des vins d'Alsace : tu es convaincu, à juste titre d'ailleurs, de la grandeur de ces crus et tu te bats depuis des années pour qu'on les reconnaisse à leur juste valeur.

Ceci dit ton argument "pas assez cher pour ce que c'est" peut être interprété de façon équivoque et suscite quelques questions :

- y-a-t-il encore un rapport direct et linéaire entre le pris et la qualité intrinsèque d'un vin dans le monde vinique d'aujourd'hui ?

- si, en vendant ses bouteilles à un "juste prix", un vigneron arrive à amortir ses coûts de production, à continuer d'investir pour améliorer son outil de travail et à dégager assez de bénéfice pour vivre correctement, pourquoi devrait-il avoir comme projet de se goinfrer sur le dos de sa clientèle en gonflant artificiellement le prix de ses bouteilles ?
 

- en Alsace, la grande majorité des grands vins se situe encore en dehors de cette "bulle spéculative vinique" et le consommateur averti peut y trouver une quantité de bouteilles avec des rapports qualité/prix exceptionnels. Les amateurs qui boivent du vin, plus que des étiquettes ou des prix, le savent...Pourquoi faudrait-il que ça change ?

@+


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Pierre
 
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thierrymeyer
Envoyé le 20/03/2011 à 22:06 | IP Noté Citer thierrymeyer
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S'il n'y a pas de lien direct et absolu entre le prix et la qualité, force est de constater qu'il existe une corrélation forte entre ces deux dimension.

Outre la satisfaction de vendre son vin à un prix qui lui permette de vivre correctement, je pense qu'une des aspirations pour ceux qui produisent de grands vins de terroir est que les clients les boivent en connaissance de cause. Un producteur de sylvaner ou le gewurz VT, fussent-ils grand cru, sont souvent face à une clientèle qui cherche dans un cas un vin de soif simple, dans l'autre un vin sucré. C'est certain que le producteur ne vendra pas mieux ni plus cher, mais s'il peut vendre à des gens qui vont vraiment apprécier son vin pour ce qu'il représente vraiment qualitativement, je pense qu'il aura une toute autre satisfaction.

Mes tentatives souvent vaines de mettre en avant certains vins butent souvent sur leur prix trop bas au regard de la qualité. Au delà d'une certiane forme bienveillante d'appréciation de la part de amateurs, on reste dans le succès d'estime, avant de repasser aux choses sérieuses avec de vrais vins qu'on paye le vrai prix.

Malgré tout les vins chers existent en Alsace, et si certains grands crus dépassent aujourd'hui le prix des meilleurs chablis, même certains pinots noirs vendus 15€ ne valent pas grand chose par rapport à ce qu'on peut trouver à ce prix dans d'autrs régions de France. L'Alsace reste une région où les vins sont relativement bien valorisés malgré tout, si on prend l'ensemble de la région en compte.

Je ne souhaite pas que les prix deviennent spéculatifs, à l'instar du Riesling Clos Sainte Hune qui caracole en tête des vins secs les plus chers d'Alsace à 130€ départ cave la bouteille, mais un peu d'homogénéité au niveau régional permettrait de mieux comprendre le positionnement de chaque cuvées. Un grand vin de garde dans un grand millésime, vendu à moins de 10€ la bouteille départ cave cela reste pour moi une aberration.

Thierry



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enema
Envoyé le 21/03/2011 à 08:18 | IP Noté Citer enema
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 Vraiment d'accord avec toi Thierry. Malheureusement, un grand vin à 9.50€ sera toujours considéré comme "bien pour le prix", le même à 30€ sera considéré comme grand vin. Heureusement il existe encore des vignerons comme Jean-Daniel qui se préoccupent de garder un bon Q/P, où plus exactement un rapport entre coût de production et coût du vin, malgré le fait que cela lui coute certainement en reconnaissance. Mais là on rentre dans des choix complexes et personnels, en dehors du fait que tout n'est pas toujours possible... si il pouvait vendre ses vins 30€, le ferait-il?

 En effet Pierre, je suis entièrement d'accord avec Thierry pour dire que le prix d'un vin n'a pas seulement une influence sur le revenu du viticulteur et sur ce que la personne va débourser, mais également (et je le regrette) sur le "statut" du vin et sur la clientèle que tu vas "sélectionner".

Florian



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patrickessa
Envoyé le 21/03/2011 à 12:58 | IP Noté Citer patrickessa
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Voilà une discussion sur le prix des vins qui est passionnante. Cela dit un des effets pervers pour une région est aussi d'être obligé d'être dans une fourchette de prix imposée pour bien figurer. Un Meursault à moins de 20 euros est suspect et si les premiers crus sont vendus moins de 30 le client pense forcément que le vin n'est pas au niveau. D'autre part ce sont les vins les plus chers qui dans une gamme sont les plus demandés. Systématiquement. A méditer.


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P. Radmacher
Envoyé le 21/03/2011 à 13:10 | IP Noté Citer P. Radmacher
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EtienneH
Envoyé le 21/03/2011 à 17:05 | IP Noté Citer EtienneH

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patrickessa a écrit:
Voilà une discussion sur le prix des vins qui est passionnante. Cela dit un des effets pervers pour une région est aussi d'être obligé d'être dans une fourchette de prix imposée pour bien figurer. Un Meursault à moins de 20 euros est suspect et si les premiers crus sont vendus moins de 30 le client pense forcément que le vin n'est pas au niveau. D'autre part ce sont les vins les plus chers qui dans une gamme sont les plus demandés. Systématiquement. A méditer.

A méditer ou à regretter ? Bien étrange société que la nôtre où une personne est capable d'ouvrir une bouteille à plus de 30€ pour accompagner son poulet rôti acheté au supermarché pour 5€ maxi !

Cdlt,

Etienne

 
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thierrymeyer
Envoyé le 21/03/2011 à 18:08 | IP Noté Citer thierrymeyer
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Des meursaults à 20-30 euros sont dans la gamme raisonnable, on ne parle effectivement pas de spéculation ici. En Alsace aussi les vins les plus chers étaient les plus recherchés, mais la tendance a tourné depuis quelques années. Les cuvées génériques partent comme des petits pains, et les vins de terroir plus chers ne sont pas autant recherchés. Une explication vient du marché américain qui a revu ses tarifs d'achat à la baisse ("what was $50 is now $15", comme disent les producteurs), mais aussi peut-être que les clients comprennent que les vins à consommer rapidement je sont pas forcément meilleur dans le haut de gamme, qui comprend des vins de garde.

Thierry



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