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Le vignoble nantais est en train de vivre une mutation incroyable. L’impact sur le paysage est particulièrement saisissant.

Pour rappel, en 1992, le pays nantais a vécu un gel de grande ampleur. Certains gros marchés (l'Angleterre notamment) ne sont pas approvisionnés, ils se tourneront vers les marchés du nouveau monde. En 1993, le Muscadet reste dans les cuves. Il ne se vendra pas. Plusieurs démarches qualitatives sont mises en place pour faire face à la crise : la redélimitation du vignoble et la mise en place de crus communaux.
En 2008, 2e grand gel de Printemps. Le négoce toujours spécialisé dans le gros volume et encore plus concentré (2 opérateurs : Castel et les Grands Chais de France ont racheté les principaux négociants). Le millésime 2009 est encore dans les cuves personne n’en veut et pourtant le millésime est bon. De nombreux vignerons mettent la clef sous la porte, partent en retraite anticipée, arrachent leurs vignes. Il n’y a quasi pas de repreneurs extérieur. Pourtant 4000 à 5000€ l’hectare de Muscadet : ce n’est pas cher !
Cette année, la démarche de redélimination du vignoble suite à la trop laxiste délimitation de 1936 aboutit enfin. Les parcelles les plus médiocres sont désormais retirées de l’appellation Sèvre et Maine.

Les deux effets conjugués (crise et redélimitation) adjoint à une impressionnante précocité du millésime (qui a incité certains vignerons à retarder leur taille afin de minimiser les risques de gel) a généré un patchwork de situations culturales impressionnante : au début du printemps, se côtoyaient des vignes arrachées, des vignes pas taillées et des vignes normales (taillées) et des vignerons qui taillaient des vignes pleines de feuilles. Et en plus cette année comme il ne pleut pas, que le gasoil du tracteur est cher, certains vignerons conventionnels ne traitent pas du tout et certaines vignes ne sont que vaguement désherbées. de folles herbes dépassent les vignes.
Actuellement on a une nouveauté : des vignes taillées puis arrachées.

Le vignoble nantais est en train de passer de 13 000 ha à 10 000ha et sans doute 9 000 l’an prochain. Je ne sais pas si vous vous rendez compte ce que ça représente 4 000 hectares de vignes qui disparaissent sous vos yeux… ben c’est impressionnant. Ça représente ni plus ni moins l’équivalent de la superficie de la côte de nuit qui disparaît en 2 ans.
Cette régulation est nécessaire ; tout le monde en est persuadé ; Le Muscadet était le plus grand vignoble de vin blanc au monde. la consommation de masse s’éffrite ; maintenant le souci, c’est que quand l’arrachage fait suite à un déclassement de parcelle… c’est bien : ce sont de mauvais terrains qui sautent. Mais quand il fait suite à une faillite pure et simple, les vignerons font sauter toutes leurs vignes y compris celles sur des bons terrains.
La mécanisation du vignoble avait déjà sonné le glas de toutes les superbes parcelles en espalier des bords de Loire et de Sèvre, là je vois des belles parcelles en haut de butte arrachées sans qu’on y puisse grand-chose. Cela m’attriste.
La situation est bien proche de celle du Languedoc comme ont peut le lire dans le Point http://www.lepoint.fr/vin/autant-en-emporte-le-marche-mondial-du-vin-26-05-2011-1336524_46.php ;
Et la conclusion du vigneron languedocien de l'article de Jacques Dupont devrait être martelé dans la tête de nombreux vignerons du Pays Nantais : "Je me rends compte que le vin est indissociable de son contexte culturel." Il est temps d’apprendre à savoir parler de son vin, de ses convictions et de ses pratiques, de disposer d’un beau vignoble, joli à regarder (plus de ces vastes plaines desherbées et mécanisées à outrance), lisible, ou les crus et les parcelles soient identifiables, les côteaux mis en valeur. Dans un contexte de "mort de vignoble", il n'est pas facile de se dire qu'il n'est plus le temps de se lamenter, et que tout reste à faire. Mais il faut se le dire.
__________________ Jocelyn
Vertivin Club de dégustation à Vertou http://vertivin.over-blog.com
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