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Sujet: A propos de seconds vins à Bordeaux
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| A propos de seconds vins à Bordeaux |
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| JM Quarin |
| Envoyé le 09/07/2012 à 11:02 | IP Noté
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Membre du forum degustateurs.com

Group: Membre du forum degustateurs.com
Depuis le: 09/07/2012 Pays: France Messages: 1
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A propos des seconds vins à Bordeaux par Jean-Marc Quarin, critique indépendant

J’avoue ne pas m’intéresser aux seconds vins. Nombres d’entre eux sont insuffisamment qualitatifs, tantôt trop fluides pour représenter dignement leurs appellations, tantôt trop secs pour donner envie de les acheter, les garder et les boire. Ces seconds vins sont une sorte de second marché pour des consommateurs qui n’y connaissent pas grand-chose et se rassurent en achetant un nom associé à une marque connue. Les marchands et producteurs ont compris leur ignorance et peu ou prou s’en servent. Ils ne les aident en rien pour y voir clair. A tel point que souvent le nom du second vin choisi, tout comme le design de l’étiquette sont si proches du premier vin qu’ils représentent une véritable source de confusion. Un jour dans une dégustation de Pessac-Léognan, je trouvais un vin faible. Je regarde l’étiquette et vois marqué Olivier. J’étais très déçu avant de me rendre compte que ce n’était pas le château Olivier, mais simplement Olivier le nom du second vin. Depuis, cette propriété a modifié le nom de son second vin.
Pourtant, les seconds vins sont nécessaires à la production des vins de qualité. (Par qualité, j’entends des vins qui possèdent du corps et de la complexité). A Bordeaux, un château a le droit de vendre toute la production sous le nom de son domaine. Or, tous les producteurs connaissent le caractère inégal des lots représentant leurs récoltes avant son assemblage. Certains sont meilleurs que d’autres. Mélanger les moins bons avec les bons abaisse toujours la qualité. Les lots moins bons proviennent de jeunes vignes qui ne donnent pas la densité et la concentration des plus vieilles; ou encore de parcelles anciennes plantées sur des sols moins favorables, ou de cépages n’ayant pas bien réussi selon le climat du millésime. Que faire de ces vins ? Les vendre sous le nom d’une autre marque. Elle se distinguera de la première en ne portant pas le nom de « château » sur l’étiquette. Chaque cru a le droit d’utiliser plusieurs noms pour vendre sa production, mais un seul avec la mention château. Une propriété peut même vendre le même vin sous plusieurs marques différentes, à condition que celles-ci ne portent pas la mention château sur l’étiquette. Le second vin se reconnaît toujours par l’absence de la mention château devant le nom de la marque : par exemple Les Fiefs de Lagrange, second vin du château Lagrange et non pas Château Les Fiefs de Lagrange.
Cette nécessité de sélectionner pour ne retenir que le meilleur a toujours été une étape majeure dans l’élaboration de la qualité. A château Margaux, une seconde sélection existe depuis le 19e siècle. Pavillon rouge, le second vin, naît en 1908. Dans un passé récent, les moins bons lots des crus célèbres étaient vendus en vrac, sans identité du propriétaire, mais avec le nom de l’appellation. Cela permettait à des négociants de faire des assemblages par appellations qu’ils vendaient sous une marque portant leur nom. Par exemple le Pauillac ou le Haut-Médoc de la Baronnie. Dans les années 1990-2000, le marché des vins de marque générique a chuté. Le consommateur cherchait des références. Le négoce bordelais a cessé d’élaborer des vins de marque pour se recentrer sur la vente plus juteuse des crus connus. Désormais, les propriétés préfèrent vendre sous leur nom des vins écoulés jusqu’alors anonymement au négoce sur la base du prix en vigueur pour le tonneau (quatre barriques) sur chaque appellation. Pour eux aussi, la rentabilité est meilleure. Toutefois mettre une belle étiquette sur une bouteille ne suffit pas. Encore faut-il que le vin soit à la hauteur. François Xavier Borie produit au château Grand Puy Lacoste un second vin appelé Lacoste Borie. Il a toujours veillé à ne pas le faire avec tout ce qu’il ne voulait voir dans le Grand Puy Lacoste. Il se refuse de mettre tous les vins de presse, trop tanniques, parfois durs et secs dans le Lacoste Borie, pour le garder agréable à boire. Ainsi, produire un bon second vin nécessite une troisième sélection. Et pour en produire une troisième de bon niveau, il en faut encore une quatrième, etc… Une exigence que tous les producteurs, par appât du gain ou manque de savoir-faire, n’ont pas. En ce sens, beaucoup de seconds vins ne représentent en rien le premier. Si j’aime la douceur tactile de Pichon Comtesse de Lalande, je pourrais imaginer la retrouver dans son second vin « La Réserve de la Comtesse ». Or, c’est loin d’être le cas avant 2011.
Il n’existe que très peu de seconds vins capables de partager une communauté de style avec leurs aînés ou présentant une réelle personnalité. Mais faut-il mettre la barre si haut ? On ne peut pas leur demander d’être aussi profonds que le premier vin ! Par définition, si ces lots étaient aussi bons, ils passeraient dans l’assemblage du premier vin. Par contre, rien n’interdit aux producteurs d’avoir plus de considération pour leur second vin et les faire agréables, très fruités, avec de la chair, des tannins sans sècheresse et pourquoi pas une personnalité. C’est possible si les propriétaires veulent s’en donner la peine et ne considèrent plus le second vin comme «la poubelle» du premier. Le marché reconnaît cette démarche positive. (voir Les Fiefs de Lagrange, La Croix de Beaucaillou, Clos du Marquis, Pavillon rouge, Alter Ego, Carillon de l’Angélus, Duo de la Conseillante, La Petite Eglise, Virginie de Valandraud, les derniers millésimes de La Chapelle d’Ausone et de Petit Cheval, ou encore le très bon Esprit de Chevalier).
Le Pauillac de château Latour, troisième vin, n’est pas élaboré comme les Forts de Latour ou même château Latour. Il a une identité propre. Il est vinifié dans d’autres perspectives, avec moins d’extractions tanniques, un autre élevage dans le bois. Il contient aussi plus de merlot dans l’assemblage vis-à-vis des Forts de Latour ou de Latour pour gagner en douceur immédiate, alors que les deux autres vins sont à attendre. C’est un troisième vin pensé au lieu d’être vécu comme un résidu de ce qui ne peut aller, ni dans le second, ni dans le premier. Idem pour Alter Ego de Palmer, qui représente aujourd’hui la démarche la plus aboutie d’une recherche intelligente et juste pour offrir un second vin noble. A tel point que Thomas Duroux, manager de Palmer, réfute le nom de second vin et préfère parler d’un autre vin élaboré par Château Palmer. José Sanfins l’a bien compris aussi en offrant depuis peu un Brio de Cantenac délicieux qui interpelle le dégustateur sur un registre différent de celui du grand vin, Cantenac Brown. Or, c’est bien ce changement de registre et de valeurs qui semble difficile à réaliser pour les producteurs. Trop souvent le second vin est vécu comme un faire-valoir du premier, sans mots ni discours propres à le définir et le valoriser. Bordeaux a surtout la culture du premier vin et peine à changer de registre.
Un autre aspect me gêne dans la grande majorité des seconds vins : l’absence de notion de millésime. En 2009 et 2010, grandes années, je suis frappé de constater que le niveau qualitatif moyen des seconds vins ne monte pas. Et pour cause ! Si un lot est très bon, il passe dans le premier vin vendu à un prix bien supérieur. Donc, pourquoi acheter tel ou tel millésime d’un second vin ? Je conseillerai plutôt des crus appliqués et moins connus tels les « outsiders » qui sont meilleurs et surtout plus valorisants à servir. Les seconds vins étonnent-ils encore ? Certains ont essayé de faire croire qu’ils valaient en qualité les premiers vins d’il y a 20 ans. Qu’on me les montre.
Seuls quelques crus célèbres vendant leur second vin cher, raisonnent à leur sujet comme avec leur première marque. S’ils possèdent un lot qu’ils jugent presque à la hauteur du premier vin, ils le déclassent dans le second. Ce faisant, ils gagnent sur tous les tableaux. Premièrement ils améliorent leur premier vin en n’y ajoutant pas un lot 100% digne. Ainsi leur première marque reste dans la compétition mondiale pour avoir les plus hautes faveurs de la critique. Deuxièmement, ils améliorent aussi la qualité de leur second vin en y ajoutant un lot jugé proche de la qualité du premier. En général, ces crus produisent moins de 50 % de premier vin tandis que d’autres sont à 80 % de premier et 20 % de second. Bien entendu, le fait de porter un nom déjà célèbre aide à compenser la perte de volume en vendant cher le second vin.
Le dernier exemple en date concerne la montée en flèche de la qualité de Pavillon rouge de Château Margaux 2009 et 2010. Ce n’est pas un hasard. Le public ne le sait pas encore, mais il existe depuis 2009 un troisième vin à château Margaux non disponible encore sur le marché. Il a permis de sélectionner de plus beaux lots pour Pavillon Rouge et surtout d’augmenter la proportion de cabernet sauvignon dans son assemblage. Cette belle et nouvelle construction resplendit dans le remarquable 2010.
En conclusion, mes dégustations soulignent le caractère très hétérogène des seconds vins à Bordeaux. Très peu affichent un très bon niveau quand de nombreux autres ne sont que des attrape-nigauds (90 %). Dans leur grande majorité, ils devraient être plus savoureux, plus excitants, plus incrachables dès leur prime jeunesse. Pourquoi Bordeaux ne montre-t-il pas qu’il sait produire des vins de plaisir, de suite agréables, à côté des vins de garde plus mystérieux et impénétrables jeunes sans l’éducation ou la sensibilité requise. Pour l’instant, ce marché échappe cruellement à Bordeaux qui le croit dédié aux vins du Nouveau Monde. Quelle erreur et quel dommage !
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| oliH |
| Envoyé le 09/07/2012 à 17:35 | IP Noté
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Modérateurs

Group: Modérateurs
Depuis le: 25/08/2004 Pays: France Messages: 4932
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c'est, en plus développé, exactement ce que je pense. les seconds vins sont dans la plupart des cas les eaux usées du château . la plus grande supercherie est de voir dans les années à merlot, le cabernet pas mûr devenir la base du second vin et l'inverse en année à cabernet . même pas le même cépage en gros. boire les seconds vins revient à contracter une assurance contre le bon vin. les seuls cas ou ils sont bons, ils sont chers. donc en aucun cas , ils ne peuvent être une affaire. la bourgogne a résolu le problème, elle vend tout , mauvais comme bon , au titre de grand cru et ce , moins cher que l'année qui suivra.
__________________ j'aurais tellement aimé avoir de l'humour
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| Algésian |
| Envoyé le 09/07/2012 à 20:53 | IP Noté
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Membre du forum degustateurs.com

Group: Membre du forum degustateurs.com
Depuis le: 24/06/2006 Pays: France Messages: 98
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Je partage en tous points les analyses qui précèdent.
Ce que j’apprécie beaucoup chez M. Quarin - sans flagornerie - c’est la justesse de ses propos qui tranchent agréablement avec le discours convenu de la place de Bordeaux.
Personnellement, j’apprécie beaucoup par exemple Alter Ego qui a une vraie personnalité et qui, dans les premières années, se goûte parfois mieux que le « premier vin ». Mais, comme son nom l’indique, Alter Ego n’est justement pas un second vin, mais un « autre vin ».
Pavillon rouge est également un excellent vin et les services marketing de Château Margaux m’ont clairement expliqué il y a quelques années qu’ils comptaient bien en faire une référence à part entière. L’objectif est sans doute atteint, mais le problème, comme l’indique M. Quarin, c’est le prix, qui est aujourd’hui au niveau auquel se vendait le premier vin, il y a une vingtaine d’années. Cette démarche relève donc clairement d’une gestion de produits de luxe.
Pour ce qui est de la Bourgogne, il y a quand même quelques exceptions au principe rappelé par OliH : les domaines qui proposent une cuvée vieilles vignes et d’autres, comme le domaine de Voguë, par exemple, avec son Chambolle 1er cru et son Chambolle « village », qui « replient » une partie de leur récolte en cuvée de niveau inférieur. L’idée est un peu la même. La pratique est évidemment beaucoup moins répandue dès lors que les volumes de production sont sans comparaison avec ceux de Bordeaux.
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| oliH |
| Envoyé le 10/07/2012 à 09:11 | IP Noté
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Modérateurs

Group: Modérateurs
Depuis le: 25/08/2004 Pays: France Messages: 4932
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exception est bien le terme qui régit ce procédé, on pourrait citer le clos des lambrays et autres duvault blochet. en fait les seconds vins écoulent la mauvaise partie des récoltes, ce qui , en bourgogne, ne peut généralement pas être fait. quand dugat py fait 180 bouteilles de son chambertin, il ne peut se permettre un repli en mauvaise année. s'est donc instauré un "contrat de confiance" entre vigneron et client qui permet d'écouler cette mauvaise année, mais qui empêche le vigneron d'avoir un prix qui colle au marché, même si le vin finit par s'y retrouver.
__________________ j'aurais tellement aimé avoir de l'humour
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| Vaudésir |
| Envoyé le 10/07/2012 à 10:54 | IP Noté
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Membre du forum degustateurs.com

Group: Membre du forum degustateurs.com
Depuis le: 28/01/2011 Pays: France Messages: 443
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JM Quarin a écrit:
Si j’aime la douceur tactile de Pichon Comtesse de Lalande, je pourrais imaginer la retrouver dans son second vin « La Réserve de la Comtesse ». Or, c’est loin d’être le cas avant 2011.
Le marché reconnaît cette démarche positive. (voir Les Fiefs de Lagrange, La Croix de Beaucaillou, Clos du Marquis, Pavillon rouge, Alter Ego, Carillon de l’Angélus, Duo de la Conseillante, La Petite Eglise, Virginie de Valandraud, les derniers millésimes de La Chapelle d’Ausone et de Petit Cheval, ou encore le très bon Esprit de Chevalier).
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Pour avoir gouté la réserve de la Comtesse 2005 juste avant le grand vin 2004/2003/2001 je confirme que même si le nez n'était pas désagréable, la bouche était absente, creuse, plate.
Pour le Clos du Marquis celui ci est un cru à part entière depuis 2007 il me semble et LLC fait maintenant un troisième le Petit Lion(accessible de suite, à vérifier)comme le souhaiterai J.M.Quarin,seul reproche éventuel au clos du Marquis,son prix.
Pour le Bourgogne quand c'est mauvais il y en a qui déclasse leurs GC/PC en villages,ex Lalou Bize Leroy pour ces 2004,par contre j'aimerai bien connaître leurs prix.
Vdsr
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| davidk |
| Envoyé le 10/07/2012 à 12:04 | IP Noté
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Membre du forum degustateurs.com

Group: Membre du forum degustateurs.com
Depuis le: 03/02/2012 Pays: France Messages: 8
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J'habite dans la région bordelaise et cela fait bien longtemps que je ne touche plus au second vin , la seul exception étant Clos du Marquis , les Forts de Latour étant beaucoup trop cher !!!!!!!!
Par contre Vauthier de Ausone produit Chateau Fonbel en St Emilion , super qualité prix !!!!! Une phrase que l'on entends quasiment jamais sur Bordeaux !!!
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