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Cinq ans déjà après la première édition des 24 heures du Riesling , Thierry Meyer de l’Oenothèque Alsace nous proposait en novembre dernier le quatrième opus des 24 heures du Riesling, avec au programme :
- une vertigineuse descente de millésimes à la Confrérie Saint Etienne, balayant cinq décennies. (StéphaneW nous a déjà donné ses impressions sur cette dégustation peu de temps après qu'elle a eu lieu),
- le traditionnel dîner du samedi soir à la Taverne Alsacienne, avec un éventail d’équilibres et de styles différents, qui donnaient l’occasion à JP Guggenbuhl de jongler avec les accords mets-rieslings au gré d’un somptueux menu sur mesure,
- une belle dégustation axée « rieslings et terroirs » le dimanche matin, pour finir le week-end en beauté.
4 bons mois de carafage pour mes notes de dégustation avant de les verser sur DC : j’espère que tout cela ne vous paraîtra pas trop éventé ! 
24 heures du RIESLING 2006 – Dîner à la Taverne Alsacienne
Avec les amuse-bouches : trois rieslings 2005
Riesling 2005 - Agathe Bursin
Le bouquet est explosif, dans un style fruité, encore variétal (bergamote, citron, fleurs blanches) et marqué par les lies à ce stade. A l’agitation, il devient légèrement crayeux et laisse deviner un poil de surmaturité. La bouche est grasse et tendre, ronde, bien tendue par une acidité mûre. Joli équilibre acidulé. Une jolie friandise. Bien
Riesling Muschelkalk 2005 - Etienne Loew
On baisse d’un cran en intensité aromatique mais pas en pureté : ici, le riesling s’exprime dans un registre net et austère, sur des notes de citron vert, de poivre blanc et un léger côté minéral. A ce stade, il rappelle un peu son aîné de 99 qui avait été une des révélations des 24 heures 2005. La bouche est assez puissante, ronde (quelques grammes de SR) et finit sur une belle amertume en finale. Bien Je trouve cependant la rondeur plus seyante sur le vin d’Agathe Bursin et aurais volontiers goûté un Muschelkalk plus sec.
Riesling Grand Cru Schlossberg 2005 - Domaine Weinbach
Il s’agit du seul grand cru dans cette première volée de trois vins. Le bouquet est délicat, aérien, sur le chèvrefeuille, la fougère et la pierre chaude, avec un poil de surmaturité. La bouche est simple et nette, à peine arrondie par quelques grammes de sucre. Après un peu de gaz en attaque, elle présente un joli caractère enveloppant, où l’acidité est moins prononcée que sur les deux cuvées précédentes La finale très légèrement confite donne l’impression d’un regain de puissance. Ce riesling est un beau vin de granit, élégant, tout en finesse ; conforme au style du domaine, aurait-on envie de dire. Très bien
La Petite Salade de Canard Confit, servie comme un Nem :
On embraye avec trois rieslings Grands Crus 2002
Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 2002 - Jean-Marc Bernhard
Le nez est intense (citron vert, fleur d’oranger), et marqué par la surmaturité (truffe blanche). L’attaque est vive, en finesse et débouche sur un équilibre rond, souple et acidulé. La longueur est moyenne. Moins typique du granite que le Schlossberg de Weinbach, ce riesling donne cependant un léger aperçu de la finesse et du caractère aérien du Wineck. Bien
Riesling Grand Cru Hengst 2002 – Josmeyer
Voici un modèle de droiture, de précision et de fermeté. Le bouquet est discret et pur, mêlant un peu de pamplemousse, des épices (poivre), de la fumée, du silex. L’équilibre en bouche paraît très minéral et puissant, sans forcément développer un gras extravagant. C’est souvent ça, l‘effet Hengst ! La finale de ce vin sec est magistrale de longueur. Excellent
Riesling Grand Cru Pfingstberg 2002 - Valentin-Zusslin
Le Pfingstberg se situe aux antipodes du Hengst, dans une expression complètement baroque. La surmaturité se sent à plein nez, avec un cocktail de fruits jaunes et fruits exotiques très mûrs et un botrytis de grande qualité. La bouche impressionne moins. Elle paraît assez fluide, moelleuse et sa finale, presque cuite/caramélisée, manque de grâce. Bien
Pas besoin de second tour pour décerner le vainqueur au niveau de l’accord avec le plat, le Hengst gagne par KO. C’est vrai qu’avec le nem au confit de canard, finement épicé, on aurait pu penser que la surmaturité du Wineck ou mieux, du Pfingstberg ferait merveille. Il n’en est rien : le Pfingsberg est trop mou pour soutenir le plat, tandis que le Wineck, trop « léger » se laisse dominer et paraît bien neutre. L’accord se fera avec la puissance et la structure du vin de Josmeyer, qui réussit même à donner le change aux filaments de piment d’Espelette accompagnant le plat.
Le Gratin de Homard :
Riesling Grand Cru Wiebelsberg Vendanges Tardives 2001 - Guy Wach
J’avoue que j’ai eu un peu de mal avec cette bouteille, trouvant qu’elle manquait de netteté au niveau aromatique. J’y ai senti du sucre candi, du cuir, du safran mais aussi un petit côté iodé. La bouche m’a semblé plus harmonieuse, avec une belle typicité d’un vin de grès par son caractère aérien. La longueur est correcte sans plus. Bof/Bien
Riesling Clos Saint Landelin Vendanges Tardives 2001 - René Muré
La VT 2001 du Clos s’inscrit à 100% dans le style bien reconnaissable du domaine : le nez est flamboyant, hyper complexe et arbore un citron confit du plus bel effet, de l’angélique, de l’ananas grillé, du coing, de la mangue, du caramel à l’orange. Ce vin semble de loin le plus liquoreux des trois. L’acidité perçue en attaque est remarquable, mais j’ai trouvé qu’elle ne soutenait pas ce riesling sur la longueur ; la finale, lactée/caramélisée manque à mon sens d’un peu de tenue et de peps. Un regain de tonus en finale et on avait là un très grand vin. Bien
Riesling Grand Cru Mambourg 2001 - Marc Tempé
Marc Tempé avait frappé un grand coup durant les 24h 2005 avec son Mambourg 1999 : son 2001 produit la même sensation singulière et constitue un riesling très original. Le nez est sur le cuir le beurre, les fruits secs, la rose. La bouche fait un peu penser à un gewurztraminer, en plus structuré et masculin, dans un style dense, souple et frais. Belle persistance minérale. Très bien
Le Homard est succulent ! le pauvre se noie dans un sabayon qui ferait se damner un saint, onctueux et gratiné à souhait. La nécessité de sauver le homard de la noyade mobilise les troupes au point de faire passer les accords avec les vins au second plan … Le bon pain de la taverne est bien pratique pour écoper la sauce jusqu’à mise à sec du ramequin.
La Sole saisie sur l’Arête, simplement Meunière, Pomme de Terre en Papillote
Riesling Grand Cru Sommerberg Vieilles Vignes 1997 - Albert Boxler
La robe est plutôt évoluée (dorée/ambrée) et semble un peu huileuse quand on fait danser le vin dans le verre. Le bouquet est intense, puissant, sur les fruits jaunes surmûris, la pâte d’amande, le miel, la cire. La bouche est clairement moelleuse, grasse, acidulée, à un niveau de richesse de Vendanges Tardives. La finale est longue et légèrement oxydative, avec des notes de café et de pâtisserie. Un vin à boire. Bien
Riesling Clos Sainte Hune 1997 – Trimbach
Changement de style complet : le nez est crayeux, peu causant et libère timidement un soupçon de fleur d’oranger. L’austérité est également de mise en bouche, sur un équilibre dense, sec et souple. La finale sur l’orange amère fait parler la puissance du cru mais dégage aussi une charge alcoolique assez importante. Un beau vin pour le millésime 97, qui pourra se garder encore longtemps, mais un tout petit Sainte Hune. Bien/Très bien
Riesling Grand Cru Furstentum Vieilles Vignes 1997 - Paul Blanck
Ce Furstentum est tout d’abord difficile à goûter en raison d’une réduction marquée qui muselle le bouquet et perturbe les sensations en bouche. L’équilibre en bouche est franchement moelleux, dans un style souple où le sucre n’est pas suffisamment intégré. La finale est longue et plutôt aérienne, avec, à l’aération, l’apparition de belles notes d’orange. Voici une bouteille décevante eu égard aux merveilles que réserve d’habitude la cuvée VV de la famille Blanck. Bof
La sole est énorme et méritait un vin énorme. Les trois 97 ne sont pas vraiment à la hauteur du plat et s‘avèrent décevants. Le Sommerberg et le Furstentum sont trop moelleux pour la chair délicate de la sole, ils manquent de finesse. C’est Sainte Hune qui s’en sort le mieux, avec son équilibre plus sec, même si son côté chaleureux en finale ressort fortement au contact du plat. J’aurais bien vu un riesling du millésime 2000 sur ce plat.
La Sélection de Fromages affinés :
Riesling Grand Cru Steinklotz SGN 1995 - Romain Fritsch
Le nez est intense et frais, dans un style confit qui a commencé à évoluer. On y sent de la mirabelle, du coing, du citron. La structure en bouche est totalement axée autour de la vivacité, qui rend ce liquoreux nerveux et aérien. Une belle tension, beaucoup de punch, une jolie finale aromatique sur la rhubarbe et un peu d’amertume : il ne manque qu’un peu de densité supplémentaire pour avoir un grand vin. Formellement très proche d’un Rosenberg VT 95 d’Albert Mann par exemple, dans ce millésime que j’affectionne particulièrement pour le riesling. Très bien
Riesling SGN 1998 - Hugel et Fils
La grande classe dès les premiers effluves s’échappant du verre ! le raffinement du bouquet est remarquable, sur le miel, l’orange amère, le safran et une légère note terpénique. La bouche est à la fois dense et élégante, très charmeuse car présentant déjà le fondu des grandes cuvées liquoreuses de la maison. La persistance est magistrale. Il n’y a plus qu’à attendre quelques années pour atteindre le nirvana et peut-être égaler en qualité la fameuse SGN 76, dans un style plus riche cependant. Excellent
Riesling Grand Cru Hengst SGN 2002 – Josmeyer
Thierry et … Joseph Meyer nous gâtent avec cette cuvée confidentielle ! Le bouquet est une caresse, tout en fleurs dans un premier temps (jasmin, acacia) puis plus sur le fruit (bergamote, fruits exotiques). La structure est encore monolithique et repose sur une liqueur imposante mais jamais pesante. La finale est longue et fleurie. Contrairement au sec dégusté plus tôt, la Sélection de Grains Nobles ne dévoile pas encore le caractère musclé et épicé du cru, masqué par la liqueur à ce stade. A oublier sagement dans un coin de cave pendant au moins 7-8 ans encore. Très bien
La série des Grains Nobles est de très haute volée. Si, à mon sens, l’Etivaz ne trouvera guère grâce auprès de la liqueur de ces trois vins, le Chaource en revanche s’accoquinera à merveille avec le riesling de Romain Fritsch. L’acidité tranchante répond parfaitement au gras tandis que le goût frais et puissant de la crème s’exprime remarquablement au contact du vin. A noter aussi le bel accord du riesling de Hugel et son côté safrané avec le cumin de la réduction de vinaigre de framboise.
La Poire en Papillote aux Agrumes et Epices
Aqua et repos des palais !
Un tel repas jalonné d'une palanquée de rieslings constitue une occasion unique
pour appréhender la diversité de styles dont est capable ce cépage et la grandeur qu'il peut revêtir à table. Alors pour ceux qui n'ont pas encore essayé, je ne peux que vous encourager à guetter les dates des prochaines 24 heures sur le site de Thierry et à venir en Alsace pour passer un grand moment entre passionnés.
Nicolas
Désolé, je n'ai aucune photo pour agrémenter le pavé ...
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