Commandeur dégustateur

Group: Commandeur dégustateur
Depuis le: 30/01/2007 Pays: France Messages: 3124
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Clos Fantine à Faugères
Nous voilà partis avec Laurent (lolo sur DC) et sa charmante amie, pour une petite promenade dans le faugèrois. En ce début septembre, les vendanges approchantes, les RDV dans les domaines se font rares. Nous nous retrouvons tout de même sur la place de village de Faugères, pour une visite à « l’arrache » de quelques domaines qui pourront nous recevoir. Sur la place, un panneau nous indique les propriétés « dégustation et vente directe ». Quelques jolis noms nous interpellent, mais parmi les Alquier, Barral, Estanilles, Sylva Plana, La Liquière ou Saint Antonin, un retient mon attention, Clos Fantine. Laurent ne connaît pas le domaine et pour ma part, je l’ai que rarement goûté.

Direction donc Cabrerolles, au hameau de la Liquière, sans rdv, sans appeler « Nous verrons bien ». Sur le chemin, petite halte dans les vignes, les raisins sont mûrs, sucrés, mais les vendanges ne semblent pas avoir vraiment débuté.
On arrive au Clos Fantine, un petit domaine au cœur de la garrigue et des vignes. Pas de parking, pas de caveau, juste une porte d’entrée donnant sur la maison familiale. Nous faisons le tour, il n’y à personne. « On va peut-être déranger, on aurai dû appeler ». Ma foi, on est là, on se risque à sonner. Une dame nous reçoit avec un grand sourire. « Vous faites déguster ? » « Mais bien sûr, installez vous ». La dégustation aura lieu sur la terrasse ; il fait beau, le ciel est clair et le mistral fini de sécher les baies. Trois bambins sortent de la maison et ce mettent à jouer autour de nous, ils ont les yeux bleu lagon, emplis de poésie. Les ballons passent au dessus des Spiegelau, flirtent avec les bouteilles, mais qu’importe, on est bien.
« Nos vins sont des vins natures, ils ne subissent aucun traitement, ni désherbant, ni engrais, ni insecticide, pas de traitement chimique. Alors le 2002, des fois il a peu de gaz. Il ne faut pas hésiter à l’aérer. Le 2004 par contre, il est fragile, faut l’ouvrir et le boire à table ». Deux Faugères donc, ouverts sur le champ, 2002 et 2004.
« Nous avons une vingtaine d’hectare en exploitation, avec les cinq cépages autorisés par l’AOC, Syrah, Grenache, Carignan, Mourvèdre et Cinsault. Nos vignes sont âgées, ce qui limite naturellement les rendements à 25h/ha, nous ne faisons rien de spécial, mais nous avons toujours à peu près le même rendement, quel que soit le millésime. Et toutes nos vignes sont conduites en gobelet »
« Même la syrah ?! »
« Vous savez, ici avant, toutes les vignes étaient en gobelet. Le palissage ça a 20 à 30 ans. Poussés par l’Europe et la mécanisation, les viticulteurs ont monté les vignes sur des fils, c’est plus facile à travailler, c’est subventionné. Mais chez nous, il faut chaud, le raisin au soleil, il grille, avec le gobelet il est protégé ».
« Et à la cave ? » Même esprit, même philosophie:
« le raisin est ramassé en comporte, éraflé et mis en cuve. Les fermentations, ça dépend des millésimes, mais il faut compter un mois environ. Nous intervenons peu. Au début, pigeage et remontage, pour laisser en contact avec la peau. Puis à la fin des fermentations, on décuve, un peu de presse, puis le tout en cuve inox, deux ans environ. FML quand ça veut, parfois en décembre ou au printemps, puis un ou deux soutirages, juste pour les lies, parce que nous ne faisons ni collage ni filtrage. A la dégustation on isole une cuvée pour faire la « cuvée Courtiol ». Puis à la mise en bouteille, juste 1 gramme de sulfitage, pour se rassurer, mais aux analyses, il n’y a plus rien ». Puis autour de tout cela, le dialogue s’oriente sur la nature, le respect du terroir, de l’environnement, et de l’avenir.
« Mais ce sont des fous, ils deherbent plusieurs fois, le sol est mort. Regardez notre parcelle, avec la chaleur de l’été l’herbe ne pousse plus, il faut juste un peu labourer, cela suffit. C’est vraiment inutile de désherber. J’avais proposé d’interdire le désherbage au syndicat, ils m’ont prise pour une folle. Et vous savez quoi ? Certains ne goûtent même plus leurs raisins, ils goûtent les notre, mais pas les leurs, c’est fou ! ».
Sur la table, pas de crachoir. De toute façon, il ne servirait à rien, son vin on ne le déguste pas, on le boit, comme on boit ses paroles, sa philosophie, sa passion. Alors que dire de ces Faugères 2002, 2004 et de cette « Cuvée Courtiol » 2001. Et bien pas grand-chose, nous sommes loin des monstres de complexité, mais quel équilibre, quel harmonie, quel fruit, quel buvabilité et quel plaisir ! Alors bien décidé à prendre quelques bouteilles, on demande « pour les tarifs ? » « le Faugères à 7.50 € et « Courtiol » à 11.50€ ». On se ravise, ce n’est pas quelques bouteilles que l’on va prendre, c’est quelques cartons !!!
Direction la voiture, les bras bien chargés (avec une bouteille de blanc chacun, 100% terret, offerte par notre hotesse) « alors ce sont des vins natures, des fois il y a des bouteilles qui tournent ou se piquent, ça arrive ». Et oui, et alors, pourquoi doit-elle se justifier, quand je vais chez le pépiniériste pour acheter mes boutures, parfois il y en a qui ne prennent pas et qui meurent. Quand je vais à la ferme, acheter mon fromage ou mon yaourt, parfois, il se périme plus vite et il se pique aussi. Et bien ? Ce sont des produits de la terre et de la nature, ils sont vivants et nous prenons ce risque sans rechigner, tout fier de ramener notre fromage « bio » à la maison. « Bio » c’est le terme à la mode ? C’est ça le terme usité par les bobos parisiens dés lors qu’ils ont trois bonzaïs sur les balcons ? Ici point de « bio », la nature tout simplement, la nature…
Merci Carole Andrieu, vous etes mieux qu'une "bio" et trés loin d'être une conne.
Nico
__________________ Nicolas Bon
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