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2005 à Bordeaux… before… after…
(Graves & Sauternes)
(RAPPEL : En plus des commentaires qui se veulent les plus honnêtes possibles, je me suis permis de noter sur 5 par rapport à ce qu’il était possible à mon sens de faire au mieux dans le millésime. Ces notes sont donc surtout des indices de comparaison… subjectifs, inévitablement…)
NB : Je ne mentionne ici que les vins goûtés au moins en bouteille, donc élevage terminé
GRAVES / PESSAC BLANCS

Carbonnieux :
- Avril 2006 (en cours d’élevage) : Nez fermé, moins aromatique en retro que d’habitude, mais bouche pataude. A t on coupé un peu tard ? C’est on laissé surprendre par l’année ? 2,5/5
- Octobre 2007 (mise récente) : Vin très « sauvignoné » avec un support du bois qui me fatigue, millésime après millésime… Carbonnieux blanc n’est vraiment pas « mon vin », c’est l’anti-blanc buvable à mon goût, je trouve que l’opulence du millésime est ici sur-jouée. N’aurait on pas du chercher le maximum de fraîcheur et de finesse ? A voir dans le temps mais là je ne suis vraiment pas convaincu… et pourquoi tout ce bois ? qui aime ça ? 2/5
Smith Ht Lafitte :
- Avril 2006 (en cours d’élevage) : Nez assez exotique, pamplemousse (90% de sauvignon blanc, 5% de sauvignon gris (RARE), 5% de sémillon). Vin très long en bouche, frais, jus ultra-désaltérant, ça y est, je tiens mon premier échantillon de SHL qui me plait ! 4/5
- Octobre 2007 (mise récente) : Nez et bouche très boisés, truffe blanche au nez, notes de merrain puissant, opulent mais très marqué par la barrique en l’état. Je ne reconnais pas ce que j’ai goûté en primeur. Je pensais que j’allais enfin aimer ce vin, c’est loupé… A voir dans le temps mais un bois si prégnant peut il se fondre ? 3/5
=> Exemple typique de vin « déformé » par son élevage pour coller à je ne sais quel goût… il faudrait regoûter plus tard mais dire que je ne suis pas convaincu et déçu est un doux euphémisme…
Ferrande :
- Octobre 2007 (mise récente) : Vin assez aromatique, style opulent proche de Smith Haut Lafitte, le vin est riche mais sait rester frais, il est moins envahi par le bois que SHL. Pas mal du tout dans un style généreux. Pourquoi pas ?! Du bon sauvignon mur et bien vinifié. 3/5
COUP DE CŒUR
Latour Martillac :
- Avril 2006 (en cours d’élevage) : Nez très réduit mais bouche d’une rondeur magnifique, grasse, longue, miellée, quel joli vin ! 44% de sémillon. 4/5
- Octobre 2007 (mise récente) : Grand nez de sémillon mûr (miel, fleurs blanches), bouche grasse mais noble, veloutée, aérienne, dodue mais juteuse, croquante, quel rapport qualité/prix ! 4/5
De Chevalier :
- Avril 2006 (en cours d’élevage) : Vin totalement ingrat, déséquilibré, chahuté, aucun intérêt de goûter ça pour le moment. Non notable
- Octobre 2007 (mise récente) : Attention grand, très grand vin blanc sec de bordeaux ; le nez est fermé à double tour, même en le remuant vivement (cas très fréquent avec ce vin dans la jeunesse), mais par contre, bouche d’une pureté insigne, je ne connais que ce vin pour proposer une telle transparence et cristallinité à Pessac… C’est déjà long, ciselé, droit. L’anti-vin dragueur… si vous aimez les grands sancerres, les grands chablis, les grands rieslings, ce vin est fait pour vous. Je n’ai jamais été aussi enthousiaste à sa dégustation (d’habitude, j’ai énormément de mal à le goûter jeune…). 5/5
=> si j'avais voulu le faire exprès, je n’aurais pas pu trouver meilleur exemple de vin qui a besoin de terminer son élevage pour délivrer une partie de son message et intéresser le dégustateur. Il est long à se mettre en place, mais c’est franchement pour la bonne cause. Moi ça me va …
Je pense que la clé de l’année était de savoir gérer les maturités et donc les dates de coupe (je dis ça en fonction de ce que j’ai goûté là et de ce que j’avais tasté et vu en primeurs). Ce n’est pas - a priori - un pur millésime de blancs (comme 06), mais les gens attentifs ont fait des merveilles… Une fois n’est pas coutume, je déplore ici certains « excès » d’élevage. Dans la région qui s’est fait connaître par la buvabilité de ses vins, pourquoi dénature-t-on encore certaines cuvées en les boisant excessivement alors qu’elles étaient très bien parties dans la vie (SHL) ?
Je n’ai pas pu regoûter deux vins qui m’avaient tapé dans l’oeil lors des primeurs : Pape Clément blanc (rondeur impressionnante, 4/5) et Fieuzal blanc (gros volume de bouche, riche, 4/5) tout deux marqués par de grands sémillons.
Dans la famille des propriétés Dillon, pas regoûtés à cette dégustation mais pour info, en primeurs :
- Laville Haut Brion très exotique (étonnant pour une dominante sémillon), très riche, frais mais puissant, bien ouvert ce jour là (5/5),
- Haut Brion blanc très fermé au nez, tout en largeur, en gras, plus baroque, « montrachesque »… ou plutôt « batardesque » (5/5).
GRAVES / PESSAC ROUGES

Fieuzal :
- Avril 2006 (en cours d’élevage) : Beau fruit gourmand, assez pur, pas trop « fabriqué », un petit côté fermentaire, doit faire ses preuves à l’élevage. 3/5
- Octobre 2007 (mise récente) : Caramel et « sucre », fruit ridiculement simple, caricatural, qu’a ton voulu faire ? C’est pas possible, le vin a un problème ? ?/5
Chevalier :
- Avril 2006 (en cours d’élevage) : Très bel équilibre, le vin s’annonce harmonieux, rien ne dépasse, tout est à sa place, fruit assez pur. 4/5
- Octobre 2007 (mise récente) : Style très Derenoncourt c’est à dire grand fruit de myrtille, crémeux, petite sucrosité, je ne sais même pas si j’aurais pu dire Pessac à l’aveugle… je sais, le vin est jeune… c’est bien fait mais pas mon style pour le moment… 3,5/5
RE-COUP DE CŒUR !
Latour Martillac :
- Octobre 2007 (mise récente) : Même style que Haut Bailly, même type de tanin avec un peu moins de profondeur, mais quel vin pour un prix qui là encore doit être quasiment donné comparé à d’autres cylindrées un peu trop lustrées (par la critique ?) et ronflantes… Si j’en vois chez un caviste, je saute dessus, comme pour le blanc ! 4/5
Carmes Ht Brion :
- Avril 2006 (en cours d’élevage) : Très grande finesse, velouté du jus, croquant, pour le moment un peu simple mais devrait s’étoffer lors de l’élevage. A suivre… 3,5/5
- Octobre 2007 (mise récente) : Une statue de marbre antique finement ciselée : ultra fin, ultra élégant, fruit en légère retenue pour le moment mais toucher de bouche merveilleux, finesse, profondeur malgré sa noble « légèreté », je continue ? Ici les grands merlots ont vraiment leur place, si si… NB : si vous croisez des bouteilles de ce château et si vous les trouvez un peu chères, juste pour info, je vous rappelle que la propriété affiche 4,5 hectares… Ce vin m’évoque les cuvées de JF Mugnier en Bourgogne… 4,5/5
Haut Bailly :
- Avril 2006 (en cours d’élevage) : Vin paraissant très complet, tannique, mûr, solide mais non rustique, paraît être très bien équipé pour affronter de nombreuses années de garde, en aura même probablement besoin pour se révéler. 4,5/5
- Octobre 2007 (mise récente) : Très grand vin distingué, classicisme magistral, sur la groseille épicée, doit vieillir, mais il y a beaucoup de chances pour que cela soit dans quelques années une épure de grand bordeaux… Ca c’est du Pessac typé, ça oui… 4,5/5
Malartic Lagravière :
- Avril 2006 (en cours d’élevage) : Immenses promesses, matière pleine, serrée, mûre, fraîche, devrait faire un vin de grande garde. 4,5/5
- Octobre 2007 (mise récente) : Ce vin a tout : la grande maturité du fruit, une finesse transcendante, une plénitude confondante, une typicité parfaite, une fraîcheur étonnante et une longueur « murailledechinesque » ! On tutoie les sommets. Du Mozart en bouteille… 5/5
En dehors des cuvées au style too much sur lesquelles je n’arrive décidément pas accrocher en vin jeune, je confirme que Pessac est une des appellations les plus intéressantes pour le buveur de vrais bordeaux aujourd’hui. Les vins ont du style, les grandes réussites sont éclatantes et il existe encore des cuvées de pointe que l’on « peut » acheter, même dans un millésime si spéculatif (Malartic La Gravière 2005 était loin d’avoir pété les plombs en primeurs, Latour Martillac est d’un intérêt majeur et d’un prix mineur comparé à d’autres étiquettes plus tapageuses…).
Dans la famille des propriétés Dillon, pas regoûtés à cette dégustation mais pour info, en primeurs :
- Les Bahans de Haut Brion charnu avec un beau fruit épicé (4/5),
- La Tour Haut Brion moins moelleux que les Bahans mais plus fin (4/5), plus raffiné, étiré,
- La Chapelle de la Mission un cran en dessous des deux autres (3/5), charpenté mais un peu sec et court le jour de la dégustation,
- La Mission Haut Brion sur des arômes fumés, graphite, doté d’une belle chair, finissant sur des tanins fermes, et surtout loooong (4,5/5),
- Haut Brion avec un gros fruit, rassurant, presque « paternel », un vin généreux, à la pulpe évidente mais serrée, d’un grand classicisme (5/5).
SAUTERNES / BARSAC
! vins non goûtés en primeurs mais en bouteille ça donnait à peu près ça :

La Tour Blanche
- Octobre 2007 (mise récente) : Nez d’ananas frais assez évident, grand volume mais petit manque d’énergie en bouche, le vin est un peu paresseux, assez visqueux, ensemble monolithique pour le moment, manque de nuances. Doit s’affiner. Le temps fera t il son ouvrage ? Le vin est il dans une mauvaise phase due à l’embouteillage récent ? 3,5/5
Doisy Daëne :
- Octobre 2007 (mise récente) : Je dois avouer que j’ai goûté ce vin après Climens et Coutet (cela correspond à l’ordre de dégustation ce jour là) et ce ne fût pas une bonne chose… pcq cela l’a sans doute un peu rabaissé. Si la race et la classe de ce vin frappe moins que ses 2 autres compères d’appellation, on est obligé de noter une très belle qualité de botrytis, une vinification juste et un raffinement qui le rend(ra) fort buvable. Et pour un vin liquoreux de bordeaux, ce n’est pas le moindre des compliments ! 4/5
Sigalas Rabaud :
- Octobre 2007 (mise récente) : Ce jour là le plus buvable des sauternes, le plus élégant, fin, digeste. Une distinction unique. Je n’ai pas fini de craquer pour Sigalas… Par contre, il ne faut pas que le Cru devienne plus « fin », les équilibres des derniers millésimes sont justes ce qu’il faut à mon goût. 4/5
Guiraud :
- Octobre 2007 (mise récente) : Guiraud n’a pas jamais été mon sauternes préféré mais je trouve que depuis qqes années il s’affine et je serai donc moins dur que mes congénères qui goûtaient ce jour là en même temps que moi : nuances mentholées qui décidément signent ce vin (je sais je me répète, comme un vieux schnock que je ne suis pas), qu’il soit jeune ou vieux, d’un millésime à l’autre ; je suis bluffé de les retrouver si régulièrement. Assez frais, grand fruit généreux. Ne tombe pas dans la lourdeur. 4/5
Fargues :
- Octobre 2007 (mise récente) : L’archétype du grand sauternes : ample, liqueur de rêve, finesse et puissance du rôti (non ce n’est pas antithétique). Après un 2003 d’anthologie, le 2005 continue la série... Avec un vin comme celui ci (qui je le rappelle n’est pas classé (merci bergmann)), le Comte de Lur Saluce maîtrise son sujet tel un major de promo ! 4,5/5
Nairac :
- Octobre 2007 (mise récente) : La découverte. J’avais beaucoup entendu parle de ce vin depuis 1 an, me voici confronté à lui : étourdissant ! Grand nez d’ananas sucré, bouche très riche, fait peut être un peu plus « Sauternes » et un peu moins « Barsac » que les deux roll‘s de l’appellation pour le moment mais la rétro sur les agrumes nous rappelle bien ses origines. Le déguster me ravive le souvenir de L’Extravagant de Doisy Daëne 2002 : un Barsac ultra riche mais d’une suavité bluffante. Si la protection en souffre est convenable, devrait faire une bouteille de très grande garde. 4,5/5
Coutet :
- Octobre 2007 (mise récente) : Mon coup de cœur sauternesque ou devrais je dire barsacesque du jour. De l’essence de Barsac : notes de cédrat magnifiques, l’agrume fraîche et acidulée dans toute sa splendeur. Bouche au botrytis fabuleux et surtout magiquement contrebalancé par l’acidité typique de l’appellation. Ce vin goûte aujourd’hui à merveille. Il fait la fierté de son propriétaire et lui évoque d’ailleurs le 89. Il ira peut être un peu moins loin dans le temps que Climens mais sa parfaite expression et sa fidélité à ses origines lui font mériter la même note… pour moi. 5/5
Climens :
- Octobre 2007 (mise récente) : Grand nez de fleur et de miel d’acacia, liqueur fine mais considérable, n’en finit pas, un peu plus riche que Coutet et surtout formidablement typé Barsac ! De l’Art, à ce niveau c’est de l’Art. 5/5
Le millésime semble très beau et bien réussi. Aussi, je ne suis pas sûr qu’il s’agisse d’une « pure » année de sauternes du style 97, 01 ou 03 mais l’homogénéité et le haut niveau sont là ! A noter la très très bonne perf’ des barsacs…
Humeur…
Constatant - de par mon métier - l’évolution fortement à la baisse des ventes depuis 2003 sur ces merveilles que sont les grands Sauternes/Barsacs, je ne peux que très fortement déplorer ce phénomène : avec un tel niveau de qualité et des prix globalement compris entre 25 et 40 euros, c’est véritablement injuste. Quand je vois des amateurs se jeter sur des rouges « fabriqués » par la presse et sur-chers alors que des merveilles de botrytis prennent la poussière dans leurs caisses bois, ça me navre profondément…
Bien sûr, tout le monde n’est pas fou amoureux de vins liquoreux, il est difficile de sortir ces bouteilles pour des repas - en tout cas moins facile que lorsqu’il s’agit de vins secs - mais franchement, à partir de 10 ans d’âge, est-ce encore décent de faire ces remarques ?!
Ces vins sont - pour les meilleurs d’entre eux - des gloires absolues de la viticulture française, ils réclament des sacrifices et une part de chance (climatologie de l’année) que l’homme ne pourra jamais maîtriser... Et ils vieillissent comme quasiment aucun autre vin français !
Ne devrions nous pas leur faire honneur et en conserver précieusement quelques bouteilles dans nos caves… Je sais que beaucoup d’entre nous le font déjà mais si vous ne vous êtes pas encore mis aux grands sauternes, essayez, ne serait ce que quelques flacons… ce serait tellement dommage de passer à côté…
Rive Droite 2005 : ici
Rive Gauche 2005 : ici
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