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Syrah/Shiraz Mercredi 19 Mai 2004 Une production Ganesh Club
Le contexte : Une dégustation préparée par Pascal Perez et accueillie par Laurence et Philippe Lagarde au Tire-Bouchon. 8 vins servis à l’aveugle, préalablement carafés ; la liste est connue des dégustateurs à l’exception d’un vin pirate (le Clos des Truffiers). 14 participants : Matthieu Cosse, Roger Tauzin, Vincent Mercier, Denis Marniesse, Patrick Moulène, Guillaume Deschamps, Eric Cuestas, Franck Bayard, Jacques Prandi (JP), Jean Luc Germain, Philippe Lagarde, Pierre Citerne (PC), Laurent Gibet (LG) et Pascal Perez (PP). Commentaires de dégustation synthétisés par Pierre Citerne.
Les vins : 1. Clarendon - Clarendon Hills – Shiraz Astralis Vineyard 1999 : PP15 – PC12 – LG13/13,5 – JP14 Robe opaque, plutôt mate, centre noir comme du marc de café, bordure puce. Premier nez très moka, pénétrant, chaleureux, qui s’ouvre sur des fruits noirs compotés, de l’eucalyptus, des épices douces (cannelle) ; le fond du verre vide reste néanmoins très boisé, plancheux. L’attaque est veloutée ; l’acidité et l’alcool s’imposent vite par-dessus une matière manquant d’assise (pas de structure tannique – le vin est plat) et de plénitude. La finale, tiraillée entre une acidité mal intégrée et l’amertume du bois, ne donne vraiment pas envie de se resservir. Certains dégustateurs sont moins sévères.
2. Hermitage – Domaine Jean-Louis Chave 1999 : PP18 – PC17 – LG17+ – JP17/18 Robe dense, bords vieux rose. Premier nez discret, introverti : terre battue, café, pain grillé, qui libère à l’aération un fruit intense aux tonalités florales (rose plutôt que violette) et minérales (graphite). Matière dense, juteuse, alerte, vivante, vertébrée par un puissant faisceau de tannins frais et fins ; la finale est particulièrement longue et saine. Retenu, racé, certes encore trop jeune mais déjà très attirant - contrairement au premier vin, celui-ci appelle à être bu.
3. Barossa Valley – Torbreck – Run Rig 1998 : PP16,5 – PC16 – LG15,5/16 – JP16 Teinte vraiment noire, bordure très mince. Le nez, intense, profond, évoque de nombreuses douceurs (pâtisserie vanillée, baba au rhum, gâteau à l’ananas, pruneau…), avant de libérer des notes discrètes d’eucalyptus et de camphre. Matière suave, ronde, enveloppante ; le grain est très fin, la douceur confine au sucré (toujours ces notes pâtissières…), mais la vitalité de l’ensemble est assurée par une acidité vive, juteuse, intégrée. Un style australien pleinement assumé - un vin massif, démonstratif, doux, qui parvient à conserver une belle cohérence.
4. Côte-Rôtie – Domaine Jean-Paul et Jean-Luc Jamet – Côte Brune 1999 : PP18,5 – PC18 – LG18,5+ – JP18,5/19 Robe fournie, sérieuse, remarquablement intense sans être noire, bords vieux rose. Très grande race manifeste dès le premier nez, qui se livre avec volupté et abandon : violette, rose sublime de finesse (rose ancienne ?), minéralité empyreumatique (suie, âtre), poivre vert, une pointe de très engageante fourrure… Bouche supérieurement fine et racée, juteuse et svelte, servie par de très beaux tannins (Lesquels sont les plus parfaits, ceux-ci ou ceux de l’Hermitage de Chave ?). Encore une très grande Côte Brune de Jamet, un archétype, un modèle.
5. Cornas – Thierry Allemand – Reynard 1999 : PP17 – PC17,5 – LG17 – JP17 Encore une robe très dense. Premier nez fermé, farouche mais extrêmement profond : du zan, de l’encre - avec une céleste floralité de violette en filigrane ; l’aération lui permet de déchaîner un fruit minéral, violent, primordial : cassis, sang, granit chaud, viande boucanée… Très dense dès l’attaque, très présent, vitalité sanguine irrépressible. C’est certain, il y a moins d’urbanité ici que chez Chave ou Jamet : le fruit est plus mûr, plus chaleureux que ceux des deux autres rhodaniens (mais la colonne vertébrale acide est très solide, pétulante), les tannins sont plus sauvages, les arômes plus véhéments - et c’est justement cette admirable violence qui fascine les admirateurs de ce vin.
6. South Australia – Penfolds – Grange 1997 : PP16,5 – PC17 – LG(14,5) – JP16,5 Noir impénétrable au centre du disque, déjà beaucoup de dépôt, une mince bordure grenat, ou plutôt couleur de vieux jambon espagnol. Premier nez de bourbon, agressif, fumé, grillé, boisé (cèdre), lactique (beurre rance) – l’acidité volatile paraît énorme. L’évolution du profil olfactif est considérable à l’aération, le fruit émerge et s’intensifie nettement (mûre, cassis), les épices aussi (poivre gris, camphre, cardamome) ; l’ensemble laisse entrevoir beaucoup de profondeur et de complexité. La bouche est aussi extrême et énigmatique que le nez : une matière très dense, tannique (astringente et sèche pour certains), serrée, une acidité très marquée (volatile toujours exacerbée), beaucoup d’allonge et de rémanence, de tension aussi, une chaleur alcoolique certaine. Sans doute le vin le plus compliqué de la soirée, le plus difficile à cerner – compliqué parce qu’intrinsèquement complexe, compliqué parce que difficile à aborder en relativisant nos biais culturels (j’ai pour ma part évoqué un parallèle possible avec Vega Sicilia).
7. Coteaux du Languedoc – Domaine de la Négly (SCEA Les Capitelles) – Clos des Truffiers 1998 : PP14,5 – PC13,5 – LG15 – JP14,5 Encore une robe très dense, visqueuse, opaque, avec une très mince bordure vieux rose. Nez crémeux et variétal, profond mais policé, peu spirituel : rose, violette, fraise (avec un petit côté artificiel, démonstratif, lorgnant vers la fraise tagada), notes surmûres, confites (raisiné). Bouche sphérique (rien ne dépasse), douceur insistante ; l’ampleur, le velouté, la grande finesse du grain procurent un confort tactile indéniable (apaisant, lénifiant, abrutissant ?). La finale, vraiment alcooleuse et pâteuse, vient briser les rêves de grandeur de ce vin au profil très « international ».
8. Eden Valley – Henschke – Shiraz Hill of Grace Vineyard 1997 : PP16 – PC15 – LG14,5/15 – JP14,5 Une robe un peu moins sombre et un peu plus évoluée que les autres. Un nez complexe, fondu, oriental, très marqué par l’eucalyptus et la menthe, avec des notes complémentaires organiques et épicées de viandox, de nuoc-mam, de cinq-parfums… Une matière fine, équilibrée, souple et veloutée mais sans aucune lourdeur ; sa douceur lui donne un côté alangui qu’une acidité un peu saillante ne parvient pas à dynamiser. L’expression aromatique est dominée par l’eucalyptus. Un vin plaisant, typé, distingué, mais manquant de fond et de vitalité.
Conclusion : De l’avis général, les trois vins du Rhône dominent globalement la dégustation ; ils ont été reconnus assez facilement à l’aveugle (le Cornas d’Allemand ayant suscité un peu plus de tergiversations, de doutes, que les deux autres quant à son origine). Cette domination est-elle imputable au biais culturel des dégustateurs ? On peut éventuellement se poser la question en ce qui concerne Grange et Run Rig, les deux autres australiens paraissant intrinsèquement, structurellement plus faibles (et fort décevants lorsque l’on sait l’aura médiatique et le prix de ces cuvées). Autre élément de pondération dans cette comparaison : si 1999 est un millésime très favorable dans le nord de la vallée du Rhône, les différents millésimes des vins australiens présentés ne sont peut-être pas à ranger parmi les plus grandes réussites récentes de ces cuvées. Remarquons qu’au sein des deux « équipes », française et australienne, les vins étaient tous différents les uns des autres – c’est plutôt rassurant. Le Clos des Truffiers, à cause de son style ubiquiste, n’a pas été immédiatement associé à une origine géographique précise, mais il passait très bien comme « australien ».
Laurent Gibet (pour Ganesh)
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